Leçon 7 sur 18

Chapitre 7 — Méthode générale de conception

Niveau conseillé : Bac+1 / Bac+2 — Cycle préparatoire, BTS, BUT, Licence

Finalité du chapitre

Transformer méthodiquement un besoin exprimé en langage naturel en un circuit combinatoire correct, simplifié, réalisable et vérifié, sans perdre les contraintes du cahier des charges.

 

Présentation du chapitre

Concevoir un circuit logique ne consiste pas seulement à associer des portes jusqu’à obtenir un résultat plausible. La conception doit suivre une démarche rigoureuse qui garantit que le circuit répond exactement au besoin. Cette démarche commence par l’analyse du cahier des charges et se termine par une vérification systématique du comportement obtenu.

Le circuit combinatoire constitue le premier modèle complet de synthèse en électronique numérique. Ses sorties dépendent uniquement des valeurs présentes à ses entrées. Il ne mémorise aucun événement passé. Cette propriété permet de décrire exhaustivement son comportement par une table de vérité, puis d’en déduire des équations logiques et un schéma de réalisation.

La méthode présentée dans ce chapitre est applicable à de nombreux systèmes : commande d’une alarme, contrôle d’une autorisation, comparaison de grandeurs binaires, sélection de signaux, codage, affichage et génération de décisions à partir de capteurs. Les mêmes étapes seront ensuite réutilisées pour les additionneurs, comparateurs, décodeurs, multiplexeurs et autres circuits combinatoires.

Objectifs pédagogiques

À la fin du chapitre, l’étudiant sera capable de…

Indicateur de maîtrise

distinguer un circuit combinatoire d’un circuit séquentiel

la présence ou l’absence de mémoire est correctement identifiée

extraire les contraintes d’un cahier des charges

les cas normaux, limites et interdits sont recensés

définir clairement les entrées et sorties

chaque variable possède un nom, un rôle et une convention active

construire une table de vérité complète

les 2ⁿ combinaisons sont traitées sans omission

déduire les équations logiques

les mintermes ou maxtermes correspondent aux lignes correctes

simplifier une fonction

la forme obtenue est équivalente et adaptée à la réalisation

dessiner un schéma logique lisible

les portes, niveaux et connexions sont clairement identifiés

vérifier le fonctionnement

des méthodes formelles, simulées et pratiques sont utilisées

 

Prérequis

  • connaître les variables binaires et les portes NON, ET, OU, NAND, NOR et XOR ;
  • savoir établir et lire une table de vérité ;
  • savoir écrire une fonction sous forme somme de produits ou produit de sommes ;
  • maîtriser les lois de Boole et les tableaux de Karnaugh ;
  • savoir lire un schéma logique simple et interpréter un chronogramme.

Organisation du chapitre

Partie

Contenu

Production attendue

7.1

définition et propriétés d’un circuit combinatoireidentifier la nature d’un système logique

7.2.1 à 7.2.3

analyse, variables et table de véritéobtenir un modèle complet du besoin

7.2.4 à 7.2.6

équations, simplification et schémaproduire une réalisation logique

7.2.7

vérification et validationdémontrer que le circuit est correct

Études de cas et TD

application de la méthode complèteconcevoir et justifier une solution

 

7.1. Définition d’un circuit combinatoire

7.1.1. Définition générale

Un circuit combinatoire est un réseau de portes logiques dans lequel chaque sortie est une fonction instantanée des entrées présentes. Pour une combinaison donnée des entrées, la sortie logique attendue est toujours la même, indépendamment de l’ordre dans lequel les entrées ont atteint leurs valeurs.

Y₁=f₁(X₁, X₂, …, Xₙ),  Y₂=f₂(X₁, X₂, …, Xₙ), …

Le mot « instantanée » décrit le modèle logique idéal. Dans un circuit physique, une modification d’entrée atteint la sortie après un temps de propagation. Cependant, une fois le régime transitoire terminé, la valeur stable de la sortie ne dépend que de la combinaison actuelle des entrées.

Idée essentielle

Un circuit combinatoire réalise une correspondance entre un vecteur d’entrée et un vecteur de sortie. Il ne se souvient pas du vecteur précédent.

 

7.1.2. Sorties dépendant uniquement des entrées présentes

Considérons un système possédant trois entrées A, B et C et une sortie Y. Si la spécification impose Y=1 lorsque au moins deux entrées valent 1, alors les combinaisons 011, 101, 110 et 111 donnent toujours Y=1. Le résultat ne dépend ni de la combinaison précédente ni de la durée pendant laquelle les entrées sont restées actives.

A

B

C

Y

Interprétation

0

000aucune entrée active

0

010une seule entrée active

0

100une seule entrée active

0

111deux entrées actives

1

000une seule entrée active

1

011deux entrées actives

1

101deux entrées actives

1

111trois entrées actives

 

Cette table de vérité constitue une définition complète du comportement logique. Toute réalisation correcte du système doit produire les mêmes sorties pour les huit combinaisons, même si son schéma interne utilise des portes différentes.

7.1.3. Absence de mémoire

Un circuit combinatoire ne contient pas d’élément destiné à stocker un état. Il n’utilise ni bascule, ni registre, ni mémoire interne. Une entrée temporairement active n’a plus d’effet une fois qu’elle est revenue à 0, sauf si une autre partie séquentielle du système a mémorisé l’événement.

Question de diagnostic

Circuit combinatoire

Circuit séquentiel

La sortie dépend-elle de l’entrée actuelle ?

ouioui

La sortie dépend-elle d’un état antérieur ?

nonoui

Une mémoire est-elle nécessaire ?

nonoui

Une horloge est-elle généralement utilisée ?

nonsouvent

Une table de vérité suffit-elle ?

ouinon, il faut aussi décrire les états

Exemples

additionneur, comparateur, multiplexeurcompteur, registre, automate

 

Figure 1 — Comparaison structurelle entre un circuit combinatoire et un circuit séquentiel.

7.1.4. Différence entre circuit combinatoire et circuit séquentiel

La différence fondamentale réside dans la présence d’un état interne. Dans un circuit séquentiel, deux instants présentant les mêmes entrées peuvent produire des sorties différentes si l’état mémorisé n’est pas le même. Par exemple, un compteur peut recevoir la même entrée d’horloge à chaque impulsion et produire successivement 000, 001, 010 et 011.

Dans un circuit combinatoire, il est inutile de connaître l’historique. Un additionneur recevant A=1 et B=1 donne toujours une somme 0 et une retenue 1, quel que soit le calcul effectué auparavant.

Situation

Nature

Justification

Une lampe s’allume si deux boutons sont appuyés simultanément.

combinatoirela sortie dépend de l’état actuel des boutons

Une lampe reste allumée après une brève pression sur un bouton.

séquentiellel’événement doit être mémorisé

Un comparateur indique si A>B.

combinatoirela décision dépend uniquement des mots présents

Un compteur affiche le nombre d’impulsions reçues.

séquentiellele nombre d’impulsions passées est stocké

Un décodeur active une sortie selon une adresse.

combinatoirel’adresse actuelle sélectionne directement la sortie

 

7.1.5. Modèle idéal et circuit physique

Le modèle booléen suppose que les portes commutent instantanément. En pratique, chaque porte possède un temps de propagation. Si plusieurs chemins reliant les entrées à une sortie n’ont pas le même nombre de portes, une modification simultanée des variables peut provoquer une impulsion transitoire appelée aléa logique ou glitch.

  • la valeur stable finale doit correspondre à l’équation logique ;
  • le temps de stabilisation dépend du chemin logique le plus long ;
  • les entrées ne doivent pas rester dans une zone de tension indéterminée ;
  • une sortie combinatoire ne doit pas être confondue avec une sortie réellement instantanée ;
  • la vérification temporelle devient importante lorsque le circuit commande une entrée sensible.

Attention

La simplification réduit souvent le nombre de portes et le délai, mais elle peut aussi modifier les chemins de propagation. Dans les systèmes rapides ou critiques, il faut compléter la validation logique par une analyse temporelle.

 

7.1.6. Exemples de circuits combinatoires

Circuit

Entrées

Sorties

Fonction réalisée

additionneur

bits à additionner et retenue entrantesomme et retenue sortanteopération arithmétique

comparateur

deux nombres binairesA>B, A=B, A<Bcomparaison de grandeurs

décodeur

code binaire et validationune sortie sélectionnéedécodage ou adressage

multiplexeur

données et sélectiondonnée choisieaiguillage de signaux

codeur

lignes d’entréemot binairecodage d’une position

contrôle de parité

mot de donnéesbit de parité ou erreurdétection simple d’erreurs

 

7.2. Étapes de conception

La synthèse d’un circuit combinatoire suit sept étapes principales. L’ordre proposé évite de passer trop rapidement au schéma, ce qui constitue une source fréquente d’erreurs. La conception est néanmoins itérative : une contradiction découverte pendant la vérification peut imposer de revenir au cahier des charges ou aux conventions de variables.

Figure 2 — Démarche générale de conception d’un circuit combinatoire.

Figure 3 — Transformation progressive du besoin jusqu’au circuit logique.

7.2.1. Étape 1 — Analyser le cahier des charges

Le cahier des charges décrit ce que le système doit faire, souvent avec des phrases, des conditions et des exceptions. La première tâche consiste à reformuler ce texte afin d’éliminer les ambiguïtés. Il faut distinguer les données observées, les décisions attendues et les contraintes de fonctionnement.

a) Identifier le besoin principal

Le besoin principal doit être exprimé par une phrase courte et vérifiable. Exemple : « La sortie d’autorisation vaut 1 lorsque l’utilisateur présente un badge valide et que la zone n’est pas verrouillée, ou lorsqu’un responsable active la commande d’urgence. »

b) Repérer les opérateurs logiques dans le langage naturel

Expression du cahier des charges

Interprétation logique probable

Précaution

et, simultanément, tous

opération ETvérifier si toutes les conditions sont obligatoires

ou, au moins une

opération OUpréciser si le OU est inclusif ou exclusif

sauf, à condition que… ne… pas

complément NONidentifier exactement la condition inversée

un seul, exactement un

XOR ou comptagene pas confondre avec « au moins un »

au moins deux

fonction majoritéénumérer les combinaisons satisfaisantes

seulement si

implicationla condition annoncée est nécessaire, pas toujours suffisante

 

c) Détecter les ambiguïtés et les cas manquants

  • que se passe-t-il si plusieurs commandes sont actives en même temps ? ;
  • une entrée est-elle active à 1 ou active à 0 ? ;
  • existe-t-il une priorité entre les conditions ? ;
  • certaines combinaisons sont-elles impossibles ou interdites ? ;
  • la sortie doit-elle être sûre en cas de capteur déconnecté ? ;
  • le système doit-il signaler une erreur en plus de la sortie principale ?

d) Produire une reformulation testable

Exemple de reformulation

Texte initial : « L’alarme se déclenche quand la porte est ouverte sans autorisation. » Reformulation : P=1 si la porte est ouverte, A=1 si l’accès est autorisé, S=1 si l’alarme doit sonner. La règle devient S=P·¬A.

 

7.2.2. Étape 2 — Identifier les entrées et les sorties

Chaque information utilisée par la décision devient une variable d’entrée. Chaque action ou indication produite devient une variable de sortie. Une bonne définition des variables réduit fortement les erreurs ultérieures.

Élément à préciser

Question à poser

Exemple

nom symbolique

quelle lettre ou abréviation sera utilisée ?V pour badge valide

signification de 1

que représente l’état actif ?V=1 : badge valide

signification de 0

que représente l’état inactif ?V=0 : badge invalide

origine physique

bouton, capteur, signal interne ?contact de porte

type d’activation

active à 1 ou active à 0 ?capteur /P actif à 0

sortie attendue

quelle action doit être commandée ?O=1 : ouverture autorisée

 

Le nombre d’entrées n détermine le nombre maximal de combinaisons : 2ⁿ. Une entrée oubliée rend le modèle incomplet ; une entrée inutile complexifie la table et le circuit.

n entrées binaires  ⇒  2ⁿ combinaisons possibles

Convention active

Une variable active à 0 doit être signalée clairement dans le nom, par une barre, un préfixe / ou un suffixe _N. Par exemple /RESET=0 signifie que la remise à zéro est demandée.

 

7.2.3. Étape 3 — Établir la table de vérité

La table de vérité recense toutes les combinaisons d’entrée et associe à chacune la valeur attendue de chaque sortie. Elle constitue le contrat logique entre la spécification et le circuit.

1. Choisir un ordre fixe pour les variables, par exemple A, B, C.

2. Énumérer les 2ⁿ combinaisons en comptage binaire de 0 à 2ⁿ−1.

3. Relire le cahier des charges pour chaque ligne.

4. Attribuer 0 ou 1 à chaque sortie.

5. Utiliser X seulement pour une combinaison réellement indifférente ou impossible.

6. Ajouter une colonne d’interprétation lorsque les règles sont complexes.

7. Faire relire les lignes limites et les combinaisons simultanées.

A

B

C

Y

Commentaire

0

0000aucune condition satisfaite

1

0010condition C seule

2

0100condition B seule

3

0111B et C actives

4

1000condition A seule

5

1011A et C actives

6

1101A et B actives

7

1111au moins deux entrées actives

 

Cas indifférents

Une combinaison peut être notée X si elle ne se produit jamais dans l’environnement prévu ou si la valeur de sortie n’a aucune importance. Le X pourra être choisi comme 0 ou 1 lors de la simplification. Cette décision doit être justifiée : déclarer abusivement un cas indifférent peut masquer un comportement dangereux.

7.2.4. Étape 4 — Déterminer les équations logiques

À partir de la table de vérité, une équation peut être obtenue sous forme canonique. Pour une somme de produits, on écrit un minterme pour chaque ligne où la sortie vaut 1. Une variable est directe si sa valeur vaut 1 dans la ligne et complémentée si elle vaut 0.

Y = Σm(3,5,6,7)

Y = ¬A·B·C + A·¬B·C + A·B·¬C + A·B·C

La forme produit de sommes s’obtient en utilisant les lignes où Y=0. Chaque ligne produit un maxterme. Les deux formes décrivent la même fonction mais peuvent conduire à des réalisations différentes.

Ligne

A B C

Y

Minterme si Y=1

3

0 1 11¬A·B·C

5

1 0 11A·¬B·C

6

1 1 01A·B·¬C

7

1 1 11A·B·C

 

Contrôle rapide

Le nombre de termes de la forme canonique SOP doit être égal au nombre de lignes contenant 1. Chaque terme doit contenir toutes les variables d’entrée.

 

7.2.5. Étape 5 — Simplifier les équations

La forme canonique est correcte mais rarement économique. Elle doit être simplifiée par l’algèbre de Boole ou par une carte de Karnaugh. Le but est de réduire le nombre de termes, de littéraux et de niveaux logiques sans modifier la table de vérité.

Méthode

Avantage

Limite

algèbre de Boole

rapide lorsque les identités sont visiblesdépend de l’expérience et ne garantit pas immédiatement le minimum

Karnaugh

visuelle et systématique pour 2 à 4 variablesdevient peu pratique avec beaucoup de variables

outil de synthèse

adapté aux fonctions complexesle résultat doit rester compris et vérifié

 

Pour la fonction majorité précédente, la simplification donne :

Y = A·B + A·C + B·C

La forme simplifiée possède trois produits de deux littéraux au lieu de quatre produits de trois littéraux. Elle est directement interprétable : chaque terme représente une paire d’entrées actives.

Figure 4 — Réalisation simplifiée de la fonction majorité à trois entrées.

7.2.6. Étape 6 — Réaliser le schéma logique

Le schéma traduit l’équation simplifiée en portes logiques. Il doit être lisible, non ambigu et compatible avec les composants ou la technologie ciblée.

1. Repérer les compléments nécessaires et placer les inverseurs.

2. Réaliser chaque terme produit avec une porte ET, ou chaque terme somme avec une porte OU.

3. Combiner les termes au dernier niveau.

4. Nommer les entrées, les sorties et les signaux intermédiaires.

5. Éviter les croisements inutiles et indiquer clairement les jonctions.

6. Vérifier le nombre maximal d’entrées accepté par chaque porte.

7. Adapter la réalisation aux composants disponibles : NAND, NOR, FPGA ou circuit intégré.

Choix de la structure

Expression

Structure naturelle

Alternative

somme de produits

ET puis OUNAND–NAND

produit de sommes

OU puis ETNOR–NOR

fonction XOR

porte XOR dédiéeréseau ET–OU–NON

fonction complexe

plusieurs niveauxdécomposition en blocs ou FPGA

 

Critères de lisibilité

  • les signaux circulent de gauche à droite ;
  • les entrées apparaissent à gauche et les sorties à droite ;
  • les noms des signaux sont uniques ;
  • un point de connexion indique une jonction réelle ;
  • les croisements sans connexion sont graphiquement distincts ;
  • les portes ou blocs sont regroupés selon les termes de l’équation.

7.2.7. Étape 7 — Vérifier le fonctionnement

La vérification démontre que le schéma réalisé est équivalent au cahier des charges. Elle doit être préparée dès le début de la conception, et non ajoutée après le câblage.

Figure 5 — Vérification complémentaire par plusieurs niveaux de preuve.

a) Vérification par table de vérité

On calcule la sortie de l’équation simplifiée pour chaque combinaison et on compare le résultat à la table issue du cahier des charges. Pour un petit nombre d’entrées, cette méthode est exhaustive et fournit une preuve directe d’équivalence.

b) Vérification algébrique

Les transformations utilisées pendant la simplification peuvent être justifiées par les lois de Boole. Une identité correcte conserve la fonction à chaque étape.

c) Simulation logique

Un logiciel tel que Logisim Evolution, Proteus ou Multisim permet d’appliquer automatiquement des vecteurs d’entrée, d’observer les sorties et de visualiser les chronogrammes. La simulation facilite également l’étude des délais et des transitions.

d) Validation expérimentale

Le montage peut être testé sur une plaque d’essai ou une carte programmable. Les niveaux de tension, l’alimentation, les entrées flottantes et le courant des LED doivent être contrôlés. Les résultats expérimentaux sont comparés aux valeurs attendues.

e) Jeux de tests

Type de test

Objectif

Exemple

cas nominal

vérifier un fonctionnement attendu courantdeux capteurs actifs donnent Y=1

cas limite

tester la frontière entre deux décisionsune seule entrée active donne Y=0

cas simultané

vérifier plusieurs conditions concurrentesA=B=C=1

cas interdit

observer ou forcer un comportement sûrcombinaison déclarée impossible

transition

détecter un aléa ou un délaipassage de 011 à 101

 

Règle de validation

Un circuit n’est pas validé parce qu’un exemple fonctionne. Il est validé lorsque toutes les combinaisons pertinentes ont un résultat attendu et vérifié.

 

Étude de cas 1 — Système de vote majoritaire

1. Cahier des charges

Trois capteurs A, B et C surveillent la même condition. La sortie M doit être active si au moins deux capteurs demandent l’activation. Cette redondance permet de tolérer une indication isolée erronée.

2. Entrées et sortie

Variable

Type

Signification de 1

A

entréecapteur A actif

B

entréecapteur B actif

C

entréecapteur C actif

M

sortiedécision majoritaire active

 

3. Table de vérité

A

B

C

M

0

000

0

010

0

100

0

111

1

000

1

011

1

101

1

111

 

4. Équation canonique et simplification

M = Σm(3,5,6,7)

M = ¬A·B·C + A·¬B·C + A·B·¬C + A·B·C

M = A·B + A·C + B·C

5. Réalisation et vérification

La réalisation utilise trois portes ET à deux entrées et une porte OU à trois entrées. La vérification peut être effectuée en contrôlant que les quatre combinaisons contenant au moins deux 1 produisent M=1 et que les quatre autres produisent M=0.

Étude de cas 2 — Autorisation d’ouverture sécurisée

1. Cahier des charges

Une porte peut s’ouvrir si un badge est valide et si le verrouillage général n’est pas actif. Un responsable peut toutefois forcer l’ouverture grâce à une commande prioritaire. La sortie O commande l’ouverture.

2. Variables et convention

Variable

Signification de 1

V

badge valide

L

verrouillage général actif

F

commande de forçage active

O

ouverture autorisée

 

3. Traduction logique

L’ouverture normale exige V=1 et L=0, ce qui donne V·¬L. Le forçage est une voie indépendante et prioritaire, donc il est ajouté par un OU.

O = V·¬L + F

4. Table de vérité

V

L

F

O

Interprétation

0

000aucun badge valide et aucun forçage

0

011forçage actif

0

100verrouillage actif

0

111forçage prioritaire

1

001ouverture normale

1

011ouverture autorisée

1

100badge bloqué par le verrouillage

1

111forçage prioritaire

 

5. Points de validation

  • V=1 ne doit pas ouvrir la porte lorsque L=1 et F=0 ;
  • F=1 doit imposer O=1 pour toutes les valeurs de V et L ;
  • la convention L=1 « verrouillage actif » justifie l’utilisation de ¬L ;
  • si le forçage ne devait pas contourner le verrouillage, l’équation serait différente : O=(V+F)·¬L.

Importance de l’analyse

Les expressions V·¬L+F et (V+F)·¬L ne traduisent pas la même priorité. Le cahier des charges doit indiquer explicitement si la commande de forçage contourne le verrouillage.

 

Fiche méthode récapitulative

Étape

Question directrice

Document produit

Erreur fréquente

1. Analyser

Que doit faire le système ?règles reformuléesinterpréter un texte ambigu sans demander de précision

2. Identifier

Quelles informations entrent et sortent ?liste des variables et conventionsoublier une entrée ou inverser un niveau actif

3. Table

Que vaut chaque sortie pour chaque combinaison ?table de véritéomettre une combinaison ou mal traiter un cas simultané

4. Équations

Comment écrire la fonction ?SOP/POS canoniquecomplémenter la mauvaise variable

5. Simplifier

Quelle forme équivalente est plus économique ?équation réduitemodifier la fonction pendant la réduction

6. Schéma

Comment réaliser l’équation ?schéma logiqueconfondre jonction et croisement

7. Vérifier

Le résultat correspond-il à tous les cas ?rapport de teststester seulement quelques exemples favorables

 

Travaux dirigés

TD 1 — Identifier la nature d’un système

Pour chaque système, indiquer s’il est combinatoire ou séquentiel et justifier :

  • un voyant est actif si la température est élevée ou si la pression est élevée ;
  • un compteur augmente de 1 à chaque impulsion ;
  • une sortie indique si deux mots binaires sont égaux ;
  • une alarme reste active jusqu’à une remise à zéro ;
  • un multiplexeur sélectionne une donnée selon deux bits de commande.

TD 2 — Analyse d’un cahier des charges

Un ventilateur V doit fonctionner si la température T est élevée et si l’autorisation E est active. Il doit également fonctionner lorsqu’un test manuel M est demandé. Le test manuel doit être possible même si E=0.

1. Définir les variables et leur état actif.

2. Écrire une reformulation logique non ambiguë.

3. Établir la table de vérité.

4. Déterminer et simplifier l’équation de V.

5. Proposer un schéma logique.

6. Identifier le test qui prouve que M contourne E.

TD 3 — Fonction « exactement deux »

Une sortie Z doit valoir 1 lorsque exactement deux des trois entrées A, B et C valent 1.

1. Établir la table de vérité.

2. Écrire Z sous forme canonique SOP.

3. Simplifier la fonction si possible.

4. Comparer cette fonction avec la fonction majorité.

5. Dessiner le schéma et proposer un jeu de tests minimal mais représentatif.

TD 4 — Détection d’une combinaison interdite

Deux contacteurs P et Q ne doivent jamais être actifs simultanément. Une sortie E signale l’erreur. Une seconde sortie N indique qu’au moins un contacteur est actif.

1. Définir les deux sorties.

2. Établir la table de vérité de E et N.

3. Déterminer leurs équations.

4. Réaliser les deux sorties en partageant éventuellement des signaux intermédiaires.

5. Vérifier le cas P=Q=1.

TD 5 — Réalisation uniquement avec NAND

À partir de la fonction O=V·¬L+F :

  • exprimer ¬L avec une porte NAND ;
  • obtenir une structure NAND–NAND ;
  • indiquer le nombre de portes nécessaires ;
  • comparer cette réalisation à la structure ET–OU–NON.

TD 6 — Analyse d’un schéma

Un circuit réalise les signaux intermédiaires X=A+B et Y=¬C, puis la sortie S=X·Y.

1. Écrire l’équation globale de S.

2. Établir la table de vérité.

3. Interpréter le comportement en langage naturel.

4. Indiquer si le circuit possède une mémoire.

5. Proposer deux tests permettant de vérifier l’effet de C.

Activité pratique — Concevoir, simuler et valider un circuit

Objectif

Mettre en œuvre la démarche complète sur un logiciel de simulation logique, puis confronter les résultats à une table de vérité préparée avant la simulation.

Sujet proposé

Une alarme A doit être active si la porte P ou la fenêtre F est ouverte, à condition que le système soit armé S. Une commande de test T doit activer l’alarme indépendamment des autres entrées.

Travail demandé

1. Définir les quatre entrées et la sortie.

2. Écrire l’équation directement à partir du texte.

3. Établir les seize lignes de la table de vérité.

4. Simplifier l’expression.

5. Réaliser le schéma dans le simulateur.

6. Créer des interrupteurs pour les entrées et une LED pour la sortie.

7. Tester toutes les combinaisons ou utiliser un générateur de vecteurs.

8. Relever un chronogramme comportant au moins huit transitions.

9. Comparer le résultat observé à la table attendue.

10. Rédiger une conclusion indiquant les éventuelles erreurs corrigées.

A = S·(P+F) + T

Critères d’évaluation

Critère

Points observés

analyse

variables, conventions et priorités correctement définies

table de vérité

16 combinaisons complètes et cohérentes

équation

traduction correcte et forme simplifiée

schéma

lisibilité, connexions et composants adaptés

validation

tests exhaustifs et comparaison documentée

présentation

captures, chronogramme et conclusion claire

 

Synthèse du chapitre

  • un circuit combinatoire ne possède pas de mémoire et ses sorties dépendent uniquement des entrées présentes ;
  • la table de vérité peut décrire complètement son comportement logique ;
  • la conception débute par une analyse rigoureuse du cahier des charges ;
  • chaque variable doit être nommée et associée à une convention active précise ;
  • les équations canoniques sont déduites des lignes de la table de vérité ;
  • la simplification réduit les ressources sans modifier la fonction ;
  • le schéma logique doit être lisible et compatible avec la technologie de réalisation ;
  • la validation combine relecture du besoin, table de vérité, simulation et essais matériels ;
  • une conception correcte est traçable : chaque élément du schéma peut être relié à une règle du cahier des charges.

Chaîne de conception à retenir

Cahier des charges → variables → table de vérité → équations → simplification → schéma → vérification.

 

Glossaire

Terme

Définition

circuit combinatoirecircuit dont les sorties dépendent seulement des entrées présentes
cahier des chargesdocument décrivant le besoin, les contraintes et les comportements attendus
variable d’entréeinformation binaire observée par le circuit
variable de sortiedécision ou action binaire produite par le circuit
niveau actifvaleur logique qui signifie qu’une fonction est demandée ou qu’un signal est présent
table de véritétable exhaustive reliant toutes les combinaisons d’entrée aux sorties
mintermeproduit contenant toutes les variables et associé à une ligne où la fonction vaut 1
forme canoniqueexpression comprenant un terme pour chaque ligne sélectionnée de la table
simplificationréduction d’une expression tout en conservant sa fonction
temps de propagationdurée entre une modification d’entrée et la stabilisation de la sortie
vecteur de testcombinaison d’entrées appliquée pour vérifier un résultat attendu
validationensemble des preuves montrant que le circuit répond au besoin

 

Exercices d’entraînement

Exercice 1 — Définitions

Expliquer en quelques lignes pourquoi un additionneur est combinatoire alors qu’un compteur est séquentiel. Préciser le rôle de la mémoire.

Exercice 2 — Nombre de combinaisons

Calculer le nombre de lignes de la table de vérité pour des circuits possédant 2, 4, 5 et 8 entrées. Expliquer pourquoi une vérification exhaustive devient plus difficile lorsque n augmente.

Exercice 3 — Alarme simple

Une alarme S doit sonner si le système A est armé et si au moins l’un des deux capteurs P ou F est actif. Définir les variables, établir la table de vérité, écrire l’équation et proposer un schéma.

Exercice 4 — Autorisation de machine

Une machine M peut fonctionner lorsque le capot C est fermé et que le bouton B est pressé. L’arrêt d’urgence U, actif à 1, doit toujours interdire le fonctionnement. Concevoir complètement le circuit.

Exercice 5 — Exactement une entrée

Une sortie X vaut 1 lorsque exactement une des trois entrées A, B et C vaut 1. Établir la table, écrire la forme canonique et donner une expression logique.

Exercice 6 — Comparaison de deux bits

Concevoir trois sorties G, E et L indiquant respectivement A>B, A=B et A<B pour deux bits A et B.

Exercice 7 — Priorité dans le cahier des charges

Comparer les fonctions Y=A·¬B+C et Y=(A+C)·¬B. Donner une situation de cahier des charges correspondant à chacune et identifier la différence de priorité.

Exercice 8 — Vérification d’un circuit

Un étudiant propose S=A+B·C pour le besoin suivant : « S vaut 1 lorsque A et B sont actifs, ou lorsque C est actif. » Vérifier sa proposition, corriger l’équation et indiquer les lignes de table qui révèlent l’erreur.

Auto-évaluation

Je sais…

Oui

À revoir

définir un circuit combinatoire et expliquer l’absence de mémoire

reformuler un cahier des charges sans ambiguïté

définir les variables et leurs niveaux actifs

établir une table de vérité complète

déduire une équation canonique

simplifier et réaliser un schéma

préparer des vecteurs de test pertinents

prouver l’équivalence entre le besoin et le circuit

 

Corrigés des travaux dirigés et exercices

Corrigé du TD 1

Système

Réponse

Justification

voyant température ou pression

combinatoiresortie déterminée par les capteurs présents

compteur d’impulsions

séquentielle total passé doit être mémorisé

égalité de deux mots

combinatoirecomparaison des données présentes

alarme maintenue jusqu’au reset

séquentiell’activation passée est conservée

multiplexeur

combinatoirela sélection actuelle choisit l’entrée

 

Corrigé du TD 2

V = T·E + M

Le test prouvant que M contourne E est T=0, E=0, M=1 : la sortie doit valoir 1. Si la fonction était (T+M)·E, elle vaudrait 0 dans ce cas.

T

E

M

V

0

000

0

011

0

100

0

111

1

000

1

011

1

101

1

111

 

Corrigé du TD 3

Z = ¬A·B·C + A·¬B·C + A·B·¬C

La combinaison 111 n’est pas acceptée, contrairement à la fonction majorité. Les trois mintermes ne sont pas adjacents deux à deux dans une carte de Karnaugh ; la forme SOP minimale reste constituée de trois termes à trois littéraux.

Corrigé du TD 4

E = P·Q

N = P + Q

Pour P=Q=1, E=1 et N=1. La première sortie détecte la simultanéité interdite ; la seconde indique qu’au moins un contacteur est actif.

Corrigé du TD 5

Une structure NAND–NAND peut être obtenue à partir d’une SOP. On réalise ¬L=NAND(L,L). Puis X=NAND(V,¬L) produit ¬(V·¬L). Pour intégrer F au dernier NAND, il faut également disposer de ¬F=NAND(F,F). Enfin O=NAND(X,¬F)=V·¬L+F.

Corrigé du TD 6

S = (A+B)·¬C

Le circuit est combinatoire. Pour vérifier l’effet de C, utiliser par exemple A=1, B=0 : avec C=0, S=1 ; avec C=1, S=0.

Corrigé de l’exercice 1

L’additionneur calcule une sortie à partir des bits présents et n’a pas besoin de conserver le résultat précédent. Le compteur doit mémoriser sa valeur actuelle afin de calculer la suivante à chaque impulsion.

Corrigé de l’exercice 2

Nombre d’entrées n

Nombre de combinaisons 2ⁿ

2

4

4

16

5

32

8

256

 

Le nombre de tests double à chaque nouvelle entrée, ce qui augmente rapidement le temps de vérification exhaustive.

Corrigé de l’exercice 3

S = A·(P+F)

Lorsque A=0, S=0 quelles que soient P et F. Lorsque A=1, S vaut 1 dès qu’au moins un capteur est actif.

Corrigé de l’exercice 4

M = C·B·¬U

L’arrêt d’urgence doit être inactif pour autoriser la machine. Si le capteur de capot est défini avec C=1 lorsque le capot est fermé, l’expression ci-dessus est correcte.

Corrigé de l’exercice 5

X = A·¬B·¬C + ¬A·B·¬C + ¬A·¬B·C

Corrigé de l’exercice 6

G = A·¬B

E = A·B + ¬A·¬B = A XNOR B

L = ¬A·B

Corrigé de l’exercice 7

Dans Y=A·¬B+C, C est prioritaire et impose Y=1 même si B=1. Dans Y=(A+C)·¬B, B=1 impose Y=0 et bloque A comme C. Le placement des parenthèses traduit directement la priorité fonctionnelle.

Corrigé de l’exercice 8

Le texte signifie que A et B doivent être actifs ensemble, ou que C suffit. L’équation correcte est S=A·B+C. La proposition A+B·C donne par exemple S=1 pour A=1, B=0, C=0, alors que le besoin impose S=0.

Conclusion

La méthode générale de conception fournit une chaîne de raisonnement traçable entre le besoin et le circuit. Elle évite les solutions intuitives non vérifiées et facilite la correction des erreurs. Le cahier des charges fixe le comportement ; la table de vérité l’explicite ; les équations le formalisent ; la simplification l’optimise ; le schéma le réalise ; la vérification apporte la preuve de conformité.

Cette démarche sera réutilisée pour les additionneurs, soustracteurs, comparateurs, codeurs, décodeurs et multiplexeurs. Même lorsqu’une structure standard est connue, elle doit toujours être reliée aux exigences du système.