Leçon 4 sur 18

Chapitre 4 — Fonctions logiques fondamentales

Niveau conseillé : Bac+1 / Bac+2 — Cycle préparatoire, BTS, BUT, Licence

Finalité du chapitre
Passer d’une situation décrite par des conditions binaires à une fonction logique, représenter cette fonction par une table de vérité et une expression, puis l’implanter avec des portes logiques de base, universelles ou particulières.

Présentation du chapitre

Les systèmes numériques prennent des décisions à partir d’informations qui ne possèdent que deux états : actif ou inactif, vrai ou faux, présence ou absence, niveau haut ou niveau bas. Pour raisonner indépendamment des tensions électriques exactes, on remplace ces états physiques par des variables binaires notées 0 et 1.

Une fonction logique décrit la relation entre plusieurs variables d’entrée et une ou plusieurs sorties. Elle peut être présentée sous forme verbale, par une table de vérité, par une expression algébrique, par un symbole de porte ou par un chronogramme. La maîtrise du passage entre ces représentations constitue la base de toute conception en logique combinatoire.

Le chapitre étudie d’abord les variables, les fonctions, les tables de vérité et les expressions. Il présente ensuite les portes NON, ET et OU, puis les portes universelles NAND et NOR. Enfin, il analyse les portes XOR et XNOR ainsi que leurs applications en comparaison, addition, détection de changement et contrôle de parité.

Objectifs pédagogiques

À la fin du chapitre, l’étudiant sera capable de…

Indicateur de maîtrise

identifier les variables binaires d’une situationchaque condition est associée sans ambiguïté à 0 ou 1
définir une fonction logiquela sortie est exprimée en fonction des entrées
construire et lire une table de véritéles 2ⁿ combinaisons sont présentes et correctement ordonnées
évaluer une expression logiquela priorité des opérations et les compléments sont respectés
expliquer le fonctionnement de NON, ET et OUéquation, table et chronogramme sont cohérents
utiliser NAND ou NOR comme porte universelleNON, ET et OU sont reconstruits correctement
distinguer XOR et XNOR et choisir leur applicationla différence, l’égalité et le choix de la porte sont correctement justifiés

Prérequis

  • comprendre les niveaux logiques 0 et 1 ainsi que la logique positive ;
  • lire un chronogramme simple et reconnaître un front montant ou descendant ;
  • maîtriser le comptage binaire sur quelques bits ;
  • savoir qu’avec n entrées binaires il existe 2ⁿ combinaisons possibles.

Organisation du chapitre

Section

Contenu principal

Compétence dominante

4.1variables, fonctions, tables de vérité et expressionsmodéliser et représenter
4.2portes NON, ET et OUanalyser les opérateurs fondamentaux
4.3portes NAND et NORconstruire avec une famille universelle
4.4portes XOR et XNORrésoudre des fonctions de différence et d’égalité
4.5méthode d’analyse d’un réseau de portesrelier schéma, équations et table
4.6activité pratiquesimuler, câbler et vérifier

Title: Figure 1 — Symboles et équations des principales portes étudiées dans ce chapitre. - Description: Figure 1 — Symboles et équations des principales portes étudiées dans ce chapitre.

Figure 1 — Symboles et équations des principales portes étudiées dans ce chapitre.

4.1. Variables et fonctions logiques

4.1.1. Variable binaire

Une variable binaire est une grandeur abstraite qui ne peut prendre que deux valeurs. On la note généralement par une lettre majuscule : A, B, C pour les entrées ; Q, S ou Y pour les sorties. Les valeurs 0 et 1 ne sont pas nécessairement des nombres à additionner : elles représentent avant tout deux états logiques opposés.

Situation physique

Variable

Convention possible pour 0

Convention possible pour 1

interrupteurAouvertfermé
capteur de présencePabsenceprésence
température contrôléeTseuil non atteintseuil atteint
commande d’un moteurMarrêtmarche
autorisationErefuséeaccordée
niveau électrique en logique positiveXniveau basniveau haut
Convention indispensable
Avant tout calcul, il faut définir précisément ce que signifient 0 et 1 pour chaque variable. Une mauvaise convention conduit à une fonction correcte mathématiquement mais incorrecte pour le système réel.

4.1.2. Logique positive et logique négative

En logique positive, le niveau électrique le plus élevé est associé à l’état 1 et le niveau le plus faible à l’état 0. En logique négative, cette association est inversée. Sauf indication contraire, les tables et équations de ce cours utilisent la logique positive. La fonction logique reste une relation abstraite ; sa réalisation électrique dépend ensuite de la technologie et de la convention de niveaux.

Convention

Niveau bas

Niveau haut

Usage dans ce chapitre

logique positive

0

1

convention par défaut
logique négative

1

0

mentionnée lorsqu’un signal est actif à l’état bas

4.1.3. Fonction logique

Une fonction logique associe à chaque combinaison des entrées une valeur de sortie déterminée. Si une sortie Q dépend de deux variables A et B, on écrit Q = f(A, B). Pour trois variables, Q = f(A, B, C). Dans un circuit combinatoire idéal, la sortie dépend uniquement des valeurs présentes aux entrées, sans mémoire de l’état passé.

Q = f(A, B, C, …), avec A, B, C, Q ∈ {0, 1}

Exemple 1 — Autorisation de mise en marche

A = 1 si l’opérateur appuie sur le bouton de marche.

S = 1 si le protecteur de sécurité est fermé.

Q = 1 si le moteur est autorisé à fonctionner.

Le cahier des charges impose que les deux conditions soient satisfaites : Q = A · S.

Le nombre d’entrées d’une fonction est parfois appelé son arité. Une porte NON a une entrée ; les portes ET, OU, NAND, NOR, XOR et XNOR sont souvent représentées avec deux entrées, mais plusieurs d’entre elles existent aussi avec trois entrées ou davantage.

4.1.4. Table de vérité

Une table de vérité énumère toutes les combinaisons possibles des entrées et indique, pour chacune, la valeur de la sortie. Elle constitue une description complète et non ambiguë de la fonction. Avec n variables d’entrée, la table contient 2ⁿ lignes de données.

Nombre de combinaisons d’entrée = 2ⁿ

 

Figure 2 — Méthode régulière de génération des combinaisons d’entrée.

1. Lister les variables d’entrée dans un ordre fixe, par exemple A, B, C.

2. Créer 2ⁿ lignes, sans compter l’en-tête.

3. Faire varier la variable de droite à chaque ligne, la suivante toutes les deux lignes, puis toutes les quatre lignes, etc.

4. Évaluer la sortie pour chaque combinaison à partir du cahier des charges ou de l’expression.

5. Relire les lignes limites, notamment toutes les entrées à 0 et toutes les entrées à 1.

Exemple 2 — Table d’une alarme simple

P = présence détectée ; E = système armé ; A = alarme.

L’alarme doit être active uniquement si le système est armé et qu’une présence est détectée.

La fonction est A = P · E.

P

E

A = P·E

Interprétation

0

0

0

système non armé, aucune présence

0

1

0

système armé, aucune présence

1

0

0

présence, mais système non armé

1

1

1

présence détectée avec système armé

4.1.5. Expression logique

Une expression logique combine des variables à l’aide d’opérateurs. Les trois opérateurs fondamentaux sont le complément NON, le produit logique ET et la somme logique OU. L’expression peut être évaluée ligne par ligne, transformée algébriquement ou traduite directement en un réseau de portes.

Opération

Notations usuelles

Lecture

Priorité conventionnelle

NON¬A, A̅, NOT(A)non A1 — la plus forte
ETA·B, AB, A AND BA et B2
OUA+B, A OR BA ou B3 — la plus faible
XORA⊕B, A XOR BA ou B exclusivementselon parenthèses / convention précisée
Règle de lecture
En l’absence de parenthèses, le complément est appliqué d’abord, puis le ET, puis le OU. Pour éviter toute ambiguïté, il est recommandé d’utiliser des parenthèses dans les expressions longues.

Exemple 3 — Évaluation d’une expression

Q = ¬A · B + C, avec A = 0, B = 1 et C = 0.

Étape 1 : ¬A = 1.

Étape 2 : ¬A · B = 1 · 1 = 1.

Étape 3 : Q = 1 + 0 = 1.

4.1.6. Équivalence de deux expressions

Deux expressions sont logiquement équivalentes lorsqu’elles produisent la même sortie pour toutes les combinaisons d’entrée. La vérification la plus directe consiste à construire leurs tables de vérité et à comparer les colonnes de sortie. Cette notion sera approfondie dans le chapitre consacré à l’algèbre de Boole.

Exemple 4 — Deux écritures équivalentes

Q₁ = ¬(A·B) correspond à une porte NAND.

Q₂ = ¬A + ¬B produit exactement la même table de vérité.

Il s’agit d’une première illustration du théorème de De Morgan.

4.2. Portes logiques de base

Une porte logique est un circuit élémentaire qui réalise physiquement une fonction booléenne. Son symbole représente la fonction abstraite ; les valeurs de tension qui correspondent à 0 et 1 dépendent de la famille technologique. Dans les analyses suivantes, les portes sont supposées idéales : les retards de propagation et les niveaux indéterminés sont ignorés sauf mention contraire.

4.2.1. Porte NON — inverseur

La porte NON possède une seule entrée. Sa sortie prend toujours la valeur opposée à l’entrée. Elle est également appelée inverseur. Le petit cercle placé sur la sortie du symbole indique l’inversion ou l’activation à l’état bas.

Q = ¬A

A

Q = ¬A

Interprétation

0

1

entrée inactive → sortie active

1

0

entrée active → sortie inactive

Sur un chronogramme idéal, chaque changement de A est immédiatement reproduit à l’opposé sur Q. Dans un composant réel, la sortie change après un faible temps de propagation.

Application

Principe

commande active à l’état bastransformer un signal actif à 1 en une commande active à 0
détection d’absenceproduire 1 lorsque le capteur de présence vaut 0
génération d’un complémentfournir simultanément A et ¬A à d’autres portes
adaptation logiqueinverser la polarité logique d’une information

Exemple 5 — Voyant « réservoir vide »

P = 1 lorsque du liquide est détecté.

Le voyant V doit s’allumer en l’absence de liquide.

La relation est donc V = ¬P.

4.2.2. Porte ET

La porte ET produit 1 uniquement lorsque toutes ses entrées valent 1. Elle représente une condition cumulative : chaque exigence doit être satisfaite. Pour deux entrées, la notation du produit logique est A·B ; ce point n’est pas une multiplication arithmétique ordinaire, même si certaines propriétés sont similaires.

Q = A · B

A

B

Q = A·B

Lecture

0

0

0

aucune condition satisfaite

0

1

0

A manque

1

0

0

B manque

1

1

1

les deux conditions sont satisfaites

Application

Traduction logique

autorisation de démarragebouton appuyé ET sécurité validée
validation d’une donnéedonnée présente ET signal d’activation actif
détection d’un intervallecondition basse satisfaite ET condition haute satisfaite
verrouillage de sécuritétoutes les protections doivent être fermées

Exemple 6 — Commande sécurisée d’un moteur

M = bouton Marche ; C = capot fermé ; Q = commande moteur.

Le moteur ne doit démarrer que si le bouton est appuyé et le capot fermé.

Q = M · C. Si l’une des deux entrées vaut 0, Q reste à 0.

4.2.3. Porte OU

La porte OU produit 1 dès qu’au moins une entrée vaut 1. Elle représente une condition alternative ou inclusive. Le cas A = 1 et B = 1 donne également une sortie à 1, ce qui distingue OU de OU exclusif.

Q = A + B

A

B

Q = A+B

Lecture

0

0

0

aucune condition satisfaite

0

1

1

B suffit

1

0

1

A suffit

1

1

1

les deux conditions sont admises

Application

Traduction logique

alarme multi-capteursfumée OU température excessive
commande depuis deux postesbouton local OU bouton distant
signalement d’un défautdéfaut de tension OU défaut de courant
fonction de secourssource principale disponible OU source secondaire disponible

Exemple 7 — Déclenchement d’une alarme

F = fumée détectée ; T = température excessive ; A = alarme.

Un seul danger suffit à déclencher l’alarme.

A = F + T. L’alarme vaut 0 uniquement lorsque F = 0 et T = 0.

4.2.4. Lecture des chronogrammes

 

Figure 3 — Chronogrammes idéalisés des portes NON, ET et OU.

1. Découper l’axe du temps en intervalles où les entrées restent constantes.

2. Lire les valeurs de toutes les entrées sur un même intervalle.

3. Appliquer la table de vérité de la porte.

4. Reporter la valeur de sortie sur tout l’intervalle.

5. Dans une étude réelle, décaler le changement de sortie du temps de propagation indiqué par le composant.

Erreur fréquente
Un chronogramme se lit verticalement : les valeurs d’entrée prises à un même instant doivent être combinées ensemble. Il ne faut pas comparer des portions décalées dans le temps.

4.2.5. Comparaison des portes de base

Porte

Condition pour Q = 1

Condition pour Q = 0

Idée à retenir

NONA = 0A = 1opposition
ETtoutes les entrées à 1au moins une entrée à 0conditions cumulatives
OUau moins une entrée à 1toutes les entrées à 0conditions alternatives

4.3. Portes logiques universelles

4.3.1. Notion d’universalité

Une porte est dite universelle lorsqu’elle permet, à elle seule, de réaliser les opérations NON, ET et OU. Comme toute fonction logique peut être construite à partir de ces opérations fondamentales, une famille composée uniquement de portes universelles peut implanter n’importe quelle fonction combinatoire.

L’universalité possède un intérêt industriel : réduire le nombre de références de composants, réutiliser les portes disponibles dans un circuit intégré et simplifier certaines réalisations. Elle ne garantit toutefois pas que la solution obtenue soit la plus rapide ou la plus économique en nombre de portes.

4.3.2. Porte NAND

NAND signifie NOT-AND. La porte calcule d’abord le produit logique des entrées, puis inverse le résultat. Sa sortie vaut donc 0 uniquement lorsque toutes les entrées valent 1. Dans tous les autres cas, la sortie vaut 1.

Q = ¬(A · B)

A

B

A·B

Q = ¬(A·B)

0

0

0

1

0

1

0

1

1

0

0

1

1

1

1

0

Lecture rapide
Une NAND vaut 1 tant qu’au moins une entrée vaut 0. Elle ne vaut 0 que pour la combinaison entièrement active.

4.3.3. Réalisation de NON, ET et OU avec NAND

 

Figure 4 — Principe de l’universalité de la porte NAND.

Fonction recherchée

Réalisation avec NAND

Justification

NON¬A = A NAND AA·A = A, puis inversion
ETA·B = (A NAND B) NAND (A NAND B)la seconde NAND agit comme inverseur
OUA+B = (A NAND A) NAND (B NAND B)application de De Morgan avec inversion des entrées

Exemple 8 — ET à l’aide de NAND

N₁ = NAND(A, B) = ¬(A·B).

Les deux entrées d’une deuxième NAND reçoivent N₁.

Q = NAND(N₁, N₁) = ¬N₁ = A·B.

4.3.4. Porte NOR

NOR signifie NOT-OR. La porte calcule la somme logique, puis inverse le résultat. Sa sortie vaut 1 uniquement lorsque toutes les entrées valent 0. Dès qu’une entrée est active, la sortie devient 0.

Q = ¬(A + B)

A

B

A+B

Q = ¬(A+B)

0

0

0

1

0

1

1

0

1

0

1

0

1

1

1

0

Lecture rapide
Une NOR vaut 1 seulement si aucune entrée n’est active.

4.3.5. Réalisation de NON, OU et ET avec NOR

 

Figure 5 — Principe de l’universalité de la porte NOR.

Fonction recherchée

Réalisation avec NOR

Justification

NON¬A = A NOR AA+A = A, puis inversion
OUA+B = (A NOR B) NOR (A NOR B)la seconde NOR agit comme inverseur
ETA·B = (A NOR A) NOR (B NOR B)application de De Morgan avec inversion des entrées

4.3.6. Choisir entre NAND et NOR

Critère

Réalisation NAND

Réalisation NOR

forme naturellement favorableproduits puis sommes, logique active bas fréquentesommes puis produits, certaines structures de commande
inverseurune NAND avec entrées reliéesune NOR avec entrées reliées
disponibilité matérielledépend du circuit intégré ou de la bibliothèquedépend du circuit intégré ou de la bibliothèque
performanceévaluer le nombre d’étages et le retard totalévaluer le nombre d’étages et le retard total
règle pratiquechoisir la solution comportant le moins de portes et d’inversions inutilesmême principe
Précaution temporelle
Remplacer une porte par plusieurs NAND ou NOR augmente souvent le nombre d’étages. Chaque étage ajoute un retard de propagation ; deux circuits logiquement équivalents peuvent donc avoir des performances temporelles différentes.

4.4. Portes logiques particulières

4.4.1. Porte OU exclusif — XOR

La porte XOR produit 1 lorsque ses deux entrées sont différentes. Pour deux variables, elle correspond à l’idée « A ou B, mais pas les deux simultanément ». Elle est particulièrement utile pour détecter une différence, calculer le bit de somme d’un additionneur et déterminer la parité d’un ensemble de bits.

Q = A ⊕ B = ¬A·B + A·¬B

A

B

Q = A⊕B

Interprétation

0

0

0

entrées identiques

0

1

1

entrées différentes

1

0

1

entrées différentes

1

1

0

entrées identiques
XOR à plusieurs entrées
Pour plusieurs bits, une chaîne XOR vaut 1 lorsque le nombre de bits à 1 est impair. Cette propriété explique son utilisation pour le calcul de parité.

4.4.2. Porte d’équivalence — XNOR

La porte XNOR est le complément de XOR. Elle produit 1 lorsque ses deux entrées sont égales : toutes les deux à 0 ou toutes les deux à 1. Elle est donc également appelée porte d’équivalence ou comparateur d’égalité sur un bit.

Q = ¬(A ⊕ B) = A·B + ¬A·¬B

A

B

Q = XNOR(A,B)

Interprétation

0

0

1

égalité

0

1

0

différence

1

0

0

différence

1

1

1

égalité

4.4.3. Comparaison de XOR et XNOR

Propriété

XOR

XNOR

sortie à 1entrées différentesentrées identiques
relationinégalitéégalité
complémentaritéQ_XOR = ¬Q_XNORQ_XNOR = ¬Q_XOR
application intuitivedétecter une différencevalider une correspondance

4.4.4. Application à la comparaison

Pour comparer deux bits A et B, XNOR fournit directement le signal d’égalité. Pour comparer deux mots binaires de plusieurs bits, on applique XNOR à chaque paire de positions puis on combine tous les résultats par une porte ET. Les mots sont égaux uniquement si toutes les paires de bits sont égales.

Égalité sur n bits : E = XNOR(Aₙ₋₁,Bₙ₋₁) · … · XNOR(A₀,B₀)

Exemple 9 — Comparaison de deux mots sur 4 bits

A = 1011 et B = 1011 : chaque paire de bits est identique, donc E = 1.

A = 1011 et B = 1001 : la paire de rang 1 diffère, donc une XNOR vaut 0 et E = 0.

4.4.5. Application à l’addition — demi-additionneur

L’addition de deux bits A et B produit un bit de somme S et un bit de retenue R. La somme vaut 1 lorsque un seul des bits est à 1 : c’est une fonction XOR. La retenue vaut 1 lorsque les deux bits sont à 1 : c’est une fonction ET.

S = A ⊕ B    et     R = A · B

A

B

Somme arithmétique

S

R

0

0

0

0

0

0

1

1

1

0

1

0

1

1

0

1

1

10₂

0

1

Interprétation
La dernière ligne ne donne pas une somme égale à zéro : 1 + 1 = 10₂. Le bit de poids faible est S = 0 et le bit transporté vers le rang suivant est R = 1.

4.4.6. Application à la détection de changement

Si l’on compare l’état actuel d’un signal à son état précédent, XOR vaut 1 lorsque les deux valeurs sont différentes. Dans un système synchrone, l’état précédent peut être conservé dans une bascule. Le signal de changement devient D = état_actuel ⊕ état_précédent.

État précédent

État actuel

D

Événement

0

0

0

aucun changement

0

1

1

front montant détecté

1

0

1

front descendant détecté

1

1

0

aucun changement

XOR détecte les deux sens de changement. Pour distinguer un front montant d’un front descendant, une logique supplémentaire doit tenir compte de la valeur actuelle et de la valeur précédente.

4.4.7. Application au contrôle de parité

Le XOR de plusieurs bits indique la parité du nombre de bits à 1. Le résultat vaut 0 lorsque ce nombre est pair et 1 lorsqu’il est impair. Pour construire une parité paire, le bit de parité ajouté est choisi de manière que le XOR de tous les bits transmis soit égal à 0.

Exemple 10 — Calcul d’une parité paire

Données : 1011001. Elles contiennent quatre bits à 1, nombre déjà pair.

Le XOR de tous les bits vaut 0 ; le bit de parité paire est donc P = 0.

Si les données étaient 1011000, elles contiendraient trois bits à 1 ; il faudrait P = 1.

 

Figure 6 — Applications typiques des portes XOR et XNOR.

4.5. Méthode d’analyse d’un réseau de portes

4.5.1. Analyse par signaux intermédiaires

Lorsqu’un schéma comporte plusieurs portes, il est préférable de nommer la sortie de chaque porte intermédiaire. On écrit ensuite une équation locale pour chaque signal, depuis les entrées vers la sortie finale. Cette méthode évite les oublis de complément et facilite la construction de la table de vérité.

1. Identifier les entrées primaires et la sortie finale.

2. Nommer chaque nœud intermédiaire : N₁, N₂, N₃, etc.

3. Écrire l’équation de chaque porte dans l’ordre de propagation.

4. Substituer les expressions intermédiaires si une expression globale est demandée.

5. Construire une table comportant aussi les colonnes N₁, N₂, … pour vérifier le calcul.

6. Comparer les résultats à une simulation ou à quelques cas limites du cahier des charges.

Exemple 11 — Réseau à trois portes

N₁ = ¬A ; N₂ = B + C ; Q = N₁ · N₂.

Expression globale : Q = ¬A · (B + C).

Q vaut 1 lorsque A = 0 et qu’au moins une des entrées B ou C vaut 1.

A

B

C

N₁=¬A

N₂=B+C

Q=N₁·N₂

0

0

0

1

0

0

0

0

1

1

1

1

0

1

0

1

1

1

0

1

1

1

1

1

1

0

0

0

0

0

1

0

1

0

1

0

1

1

0

0

1

0

1

1

1

0

1

0

4.5.2. Passage entre les représentations

Point de départ

Méthode

Résultat

description verbaledéfinir les variables puis traduire les conditions « et », « ou », « non », « différent », « égal »expression et table de vérité
table de véritérepérer les lignes où Q vaut 1 et exprimer les conditions correspondantesexpression logique
expressionrespecter les parenthèses et remplacer chaque opérateur par sa porteschéma logique
schémanommer les sorties intermédiaires puis écrire les équationsexpression et table
chronogrammeévaluer la fonction intervalle par intervalleforme temporelle de la sortie

4.5.3. Erreurs fréquentes

Erreur

Conséquence

Prévention

confondre OU et XORla ligne A=B=1 est incorrectemémoriser que le OU inclusif accepte les deux entrées à 1
oublier une inversionla fonction entière peut être complémentéerepérer chaque petit cercle et chaque barre de complément
omettre des lignes de tablela fonction n’est pas complètement vérifiéecontrôler le total 2ⁿ
mauvaise priorité des opérateursévaluation d’une autre expressionajouter des parenthèses
relier une entrée flottante en pratiquesortie instable ou imprévisibleforcer chaque entrée à un niveau défini
ignorer le retard de propagationpics transitoires non anticipésanalyser les chemins et consulter la fiche technique

4.6. Activité pratique proposée

Étude expérimentale des portes et réalisation d’un mini-système

L’activité peut être conduite avec Logisim Evolution, Proteus, Multisim ou un montage sur plaque d’essai utilisant des circuits logiques, des interrupteurs et des LED. Les résistances de limitation des LED et la mise à un niveau défini de toutes les entrées doivent être respectées.

Étape

Travail demandé

Résultat attendu

1. Variablesdéfinir 0 et 1 pour deux interrupteurs A et Bconvention documentée
2. Portes de basevérifier NON, ET et OU pour toutes les combinaisonstables de vérité expérimentales
3. Chronogrammesappliquer une séquence d’entrées et relever les sortieschronogrammes cohérents
4. Universalitéréaliser ET avec NAND puis OU avec NORfonctions identiques aux portes directes
5. XOR / XNORréaliser un détecteur de différence et un indicateur d’égalitéLED de différence et LED d’égalité
6. Additionconstruire un demi-additionneursorties somme et retenue validées
7. Analysecomparer nombre de portes, niveaux logiques et retards observésconclusion argumentée
Compte rendu attendu
Objectif, liste du matériel ou du simulateur, schémas, tables mesurées, chronogrammes, écarts éventuels entre modèle idéal et montage réel, puis conclusion.

Synthèse du chapitre

Notion

À retenir

Variable binairegrandeur à deux états, notés 0 et 1 après définition d’une convention
Fonction logiquerelation qui fixe la sortie pour chaque combinaison des entrées
Table de véritédescription exhaustive comportant 2ⁿ lignes pour n entrées
Expression logiquecombinaison de variables et d’opérateurs booléens
NONproduit le complément de l’entrée
ETvaut 1 seulement si toutes les conditions sont vraies
OUvaut 1 dès qu’au moins une condition est vraie
NAND / NORportes universelles capables de reconstruire NON, ET et OU
XORvaut 1 lorsque les entrées diffèrent ; somme et parité
XNORvaut 1 lorsque les entrées sont identiques ; comparaison d’égalité
Fil directeur
Cahier des charges → variables et conventions → table de vérité → expression → choix des portes → chronogramme ou validation expérimentale.

Glossaire essentiel

Terme

Définition concise

Variable binairevariable limitée aux valeurs logiques 0 et 1.
Fonction logiquecorrespondance entre des entrées binaires et une sortie binaire.
Table de véritétable donnant la sortie pour toutes les combinaisons des entrées.
Expression logiqueécriture symbolique d’une fonction booléenne.
Complémentvaleur logique opposée à une variable ou à une fonction.
Porte logiquecircuit élémentaire qui réalise une opération booléenne.
Niveau actifniveau électrique ou logique qui déclenche la fonction considérée.
Porte universelleporte permettant de reconstruire toutes les fonctions logiques.
NANDcomplément du produit logique ET.
NORcomplément de la somme logique OU.
XORfonction de différence ou de parité impaire.
XNORfonction d’égalité ou d’équivalence.
Chronogrammereprésentation de l’évolution temporelle des signaux.
Temps de propagationretard entre une variation d’entrée et la réponse de sortie.
Signal intermédiairesortie interne nommée pour faciliter l’analyse d’un réseau.

Exercices d’application

Exercice 1 — Variables et conventions

1. Définir des variables binaires pour un bouton Marche, un capteur de porte fermée et une lampe.

2. Proposer une convention 0/1 claire pour chaque variable.

3. Écrire verbalement la condition selon laquelle la lampe s’allume seulement si le bouton est appuyé et la porte fermée.

Exercice 2 — Construction de tables de vérité

1. Construire la table complète d’une fonction Q(A,B,C) qui vaut 1 lorsque A = 1 et qu’au moins une des entrées B ou C vaut 1.

2. Construire la table d’une sortie R qui vaut 1 lorsqu’aucune des trois entrées n’est active.

3. Vérifier que chaque table contient exactement huit lignes de données.

Exercice 3 — Portes de base

1. Donner l’équation et la table de vérité des fonctions NON, ET et OU.

2. Une alarme doit fonctionner si le capteur F détecte de la fumée ou si le capteur T détecte une température excessive. Écrire la fonction.

3. Un moteur doit fonctionner si M = 1, S = 1 et E = 1. Écrire la fonction pour une porte ET à trois entrées.

4. Un voyant doit s’allumer quand le capteur P ne détecte aucune présence. Écrire la fonction.

Exercice 4 — Évaluation d’expressions

1. Évaluer Q = ¬A·B + C pour (A,B,C) = (1,1,0), puis (0,1,0), puis (1,0,1).

2. Évaluer R = ¬(A+B) pour les quatre combinaisons de A et B.

3. Construire la table de S = (A+B)·¬C.

Exercice 5 — NAND et NOR

1. Construire la table de vérité de NAND et de NOR.

2. Montrer qu’une NAND dont les deux entrées sont reliées réalise NON.

3. Donner les équations intermédiaires permettant de réaliser OU uniquement avec NAND.

4. Donner les équations intermédiaires permettant de réaliser ET uniquement avec NOR.

5. Comparer le nombre de portes nécessaires pour une fonction ET directe et sa réalisation avec NAND.

Exercice 6 — XOR, XNOR et applications

1. Construire les tables de XOR et XNOR et vérifier qu’elles sont complémentaires.

2. Donner la sortie d’un comparateur XNOR pour les paires 00, 01, 10 et 11.

3. Calculer la somme S et la retenue R d’un demi-additionneur pour toutes les entrées.

4. Calculer le XOR de 101101 et en déduire si le nombre de bits à 1 est pair ou impair.

5. Écrire une fonction qui vaut 1 lorsque deux capteurs fournissent des informations différentes.

Exercice 7 — Analyse d’un réseau

On considère N₁ = A·B, N₂ = ¬C et Q = N₁ + N₂.

1. Écrire l’expression globale de Q.

2. Construire une table comprenant A, B, C, N₁, N₂ et Q.

3. Décrire verbalement la condition pour laquelle Q vaut 0.

4. Proposer un exemple d’application correspondant à cette fonction.

Exercice 8 — Problème de synthèse

Un système possède deux boutons de commande A et B, un capteur de sécurité S et deux voyants. Le voyant D doit indiquer que les boutons sont dans des états différents. Le voyant V doit s’allumer lorsque les boutons sont identiques et que la sécurité est validée. Définir les variables, écrire les deux fonctions, construire la table de vérité complète et préciser les portes nécessaires.

Auto-évaluation

Affirmation

Vrai / Faux

Une fonction de trois variables possède quatre combinaisons d’entrée.

 

La porte OU vaut 0 seulement lorsque toutes ses entrées valent 0.

 

La porte ET vaut 1 dès qu’au moins une entrée vaut 1.

 

Une NAND est le complément d’une porte ET.

 

Une NOR peut être utilisée comme inverseur en reliant ses entrées.

 

XOR vaut 1 lorsque ses deux entrées sont identiques.

 

XNOR peut servir à comparer deux bits.

 

Le XOR de plusieurs bits permet d’étudier leur parité.

 

Deux circuits logiquement équivalents ont toujours le même retard.

 

Les parenthèses sont utiles pour éviter une ambiguïté dans une expression.

 

Corrigé synthétique

Exercice 1

Exemple de convention : M = 1 si le bouton Marche est appuyé ; P = 1 si la porte est fermée ; L = 1 si la lampe est allumée. La condition demandée est L = M·P.

Exercice 2

Première fonction : Q = A·(B+C). Deuxième fonction : R = ¬(A+B+C), donc R vaut 1 uniquement pour 000.

A

B

C

Q=A·(B+C)

R=¬(A+B+C)

0

0

0

0

1

0

0

1

0

0

0

1

0

0

0

0

1

1

0

0

1

0

0

0

0

1

0

1

1

0

1

1

0

1

0

1

1

1

1

0

Exercice 3

Alarme : A = F+T. Commande moteur : Q = M·S·E. Voyant d’absence : V = ¬P. Les tables des portes fondamentales correspondent aux sections 4.2.1 à 4.2.3.

Exercice 4

Pour Q = ¬A·B+C : Q(1,1,0)=0 ; Q(0,1,0)=1 ; Q(1,0,1)=1. R = ¬(A+B) vaut 1 uniquement pour A=B=0.

A

B

C

A+B

¬C

S=(A+B)·¬C

0

0

0

0

1

0

0

0

1

0

0

0

0

1

0

1

1

1

0

1

1

1

0

0

1

0

0

1

1

1

1

0

1

1

0

0

1

1

0

1

1

1

1

1

1

1

0

0

Exercice 5

NAND : 1, 1, 1, 0 pour 00, 01, 10, 11. NOR : 1, 0, 0, 0. Inverseur NAND : ¬A = A NAND A. OU avec NAND : N₁=A NAND A=¬A ; N₂=B NAND B=¬B ; Q=N₁ NAND N₂=A+B. ET avec NOR : N₁=A NOR A=¬A ; N₂=B NOR B=¬B ; Q=N₁ NOR N₂=A·B. Un ET direct nécessite une porte ; sa construction NAND en nécessite deux.

Exercice 6

XOR : 0,1,1,0 ; XNOR : 1,0,0,1. Le demi-additionneur donne S=A⊕B et R=A·B. Le mot 101101 contient quatre bits à 1 : son XOR global vaut 0 et la parité est paire. La fonction de désaccord de deux capteurs est D=A⊕B.

Exercice 7

Expression globale : Q=A·B+¬C. Q vaut 0 lorsque A·B=0 et C=1, c’est-à-dire lorsque C est actif mais que A et B ne sont pas simultanément actifs.

A

B

C

N₁=A·B

N₂=¬C

Q

0

0

0

0

1

1

0

0

1

0

0

0

0

1

0

0

1

1

0

1

1

0

0

0

1

0

0

0

1

1

1

0

1

0

0

0

1

1

0

1

1

1

1

1

1

1

0

1

Exercice 8

D = A⊕B. V = XNOR(A,B)·S. Le voyant D exige une porte XOR. Le voyant V exige une XNOR suivie d’une porte ET avec S.

A

B

S

D=A⊕B

E=XNOR(A,B)

V=E·S

0

0

0

0

1

0

0

0

1

0

1

1

0

1

0

1

0

0

0

1

1

1

0

0

1

0

0

1

0

0

1

0

1

1

0

0

1

1

0

0

1

0

1

1

1

0

1

1

Réponses de l’auto-évaluation

Faux ; Vrai ; Faux ; Vrai ; Vrai ; Faux ; Vrai ; Vrai ; Faux ; Vrai.