Leçon 6 sur 18

Chapitre 6 — Méthodes de simplification

Niveau conseillé : Bac+1 / Bac+2 — Cycle préparatoire, BTS, BUT, Licence

Finalité du chapitre

Réduire une fonction logique sans modifier son comportement, choisir une méthode adaptée — algèbre de Boole ou tableau de Karnaugh — puis traduire l’expression minimale en un circuit plus simple, plus rapide et plus fiable.

 

Présentation du chapitre

Une même fonction logique peut être représentée par plusieurs expressions équivalentes. Certaines utilisent un grand nombre de termes, de littéraux et de portes, alors que d’autres décrivent exactement la même table de vérité avec une structure beaucoup plus courte. La simplification consiste à rechercher une représentation équivalente qui minimise les ressources nécessaires à la réalisation du circuit.

Deux approches complémentaires sont étudiées. La simplification algébrique s’appuie sur les lois de Boole et permet des transformations symboliques rapides. Les tableaux de Karnaugh proposent une lecture visuelle des adjacences entre mintermes ou maxtermes. Ils sont particulièrement efficaces pour les fonctions contenant deux, trois ou quatre variables.

La réduction d’une expression ne doit jamais être considérée comme une simple manipulation esthétique. Elle influence directement le nombre de composants, le coût, la consommation énergétique, le temps de propagation, la complexité du câblage et la fiabilité du système. Une solution minimale sur le plan algébrique doit cependant rester compatible avec la technologie utilisée et les contraintes physiques du montage.

Objectifs pédagogiques

À la fin du chapitre, l’étudiant sera capable de…

Indicateur de maîtrise

simplifier une expression par les lois de Boole

chaque transformation est justifiée par une identité correcte

mettre une expression en facteur

les termes communs sont identifiés et extraits sans modifier la fonction

éliminer les termes redondants

les lois d’absorption et le théorème du consensus sont appliqués

construire une carte de Karnaugh

les lignes et colonnes suivent l’ordre Gray

former des groupements valides

les groupes sont rectangulaires et contiennent 1, 2, 4, 8 ou 16 cases

obtenir une forme SOP ou POS minimale

les 1 ou les 0 sont couverts avec le moins de groupes et de littéraux

identifier les implicants premiers essentiels

chaque minterme est couvert au moins une fois

réaliser une fonction avec des portes NAND

la structure NAND–NAND est correctement déduite de la SOP

comparer deux réalisations

le nombre de portes, de niveaux et de littéraux est évalué

 


 

 

Prérequis

  • connaître les variables binaires et les opérations NON, ET et OU ;
  • maîtriser les lois fondamentales de l’algèbre de Boole ;
  • savoir écrire une fonction sous forme canonique somme de produits ou produit de sommes ;
  • savoir associer une ligne de table de vérité à un minterme ou à un maxterme ;
  • lire et réaliser un circuit utilisant des portes logiques élémentaires.

Conventions et notations

Notation

Signification

Exemple

¬A

complément de Asi A=0, alors ¬A=1

A·B ou AB

produit logiquevaut 1 seulement si A=B=1

A+B

somme logiquevaut 1 dès qu’une entrée vaut 1

Σm(…)

liste des mintermes où F=1F(A,B,C)=Σm(1,3,6,7)

ΠM(…)

liste des maxtermes où F=0F(A,B,C)=ΠM(0,2,4,5)

X ou d

cas indifférent — don’t carela sortie peut être choisie 0 ou 1

SOP

somme de produitsA·B + ¬A·C

POS

produit de sommes(A+B)·(¬A+C)

 

Règle essentielle

Une simplification est valide uniquement si l’expression obtenue produit la même sortie que l’expression initiale pour toutes les combinaisons d’entrées imposées par le cahier des charges.

 

Organisation du chapitre

Section

Contenu principal

Compétence dominante

6.1

simplification algébriquetransformer et justifier

6.2

tableaux de Karnaughvisualiser les adjacences et grouper

6.3

obtention d’une expression minimalesélectionner les implicants

6.4

intérêt technologique de la réductioncomparer les réalisations

6.5

travaux dirigésappliquer les méthodes

6.6

activité pratiquesimuler et mesurer

6.7 à 6.10

synthèse, exercices et corrigésconsolider les acquis

 

Figure 1 — Démarche générale de simplification et de validation d’une fonction logique.

6.1. Simplification algébrique

6.1.1. Principe de l’équivalence logique

Deux expressions E₁ et E₂ sont équivalentes lorsqu’elles prennent la même valeur pour toutes les combinaisons possibles de leurs variables. La simplification algébrique remplace progressivement une expression par une autre expression équivalente, en appliquant uniquement des identités booléennes démontrées.

E₁ ≡ E₂ ⇔  E₁ = E₂ pour toutes les combinaisons d’entrées

Le résultat recherché n’est pas toujours unique. Deux expressions différentes peuvent posséder le même nombre de termes et de littéraux. Le choix final dépend alors de critères technologiques : type de portes disponibles, nombre maximal d’entrées par porte, profondeur du circuit ou besoin d’éviter certains aléas temporels.

6.1.2. Lois de Boole mobilisées

Objectif de transformation

Identité utile

Effet recherché

supprimer une constante

A+0=A ; A·1=Aretirer une opération inutile

utiliser un élément absorbant

A+1=1 ; A·0=0déterminer immédiatement un résultat

supprimer une répétition

A+A=A ; A·A=Aéliminer un doublon

réunir une variable et son complément

A+¬A=1 ; A·¬A=0faire disparaître une variable

mettre en facteur

A·B+A·C=A(B+C)réduire le nombre de produits

absorber un terme

A+A·B=Aéliminer un terme inclus dans un autre

appliquer De Morgan

¬(A·B)=¬A+¬Bdéplacer une inversion

supprimer une double négation

¬(¬A)=Asimplifier les compléments

 

Méthode de travail

À chaque ligne de calcul, indiquer la loi utilisée. Cette discipline permet de repérer rapidement une transformation illégitime et facilite la vérification par un autre lecteur.

 

6.1.3. Mise en facteur

La mise en facteur est l’opération inverse de la distributivité. Elle consiste à repérer un facteur commun dans plusieurs termes produits. Une seule occurrence de ce facteur est ensuite conservée.

A·B + A·C = A·(B + C)

Exemple : F = A·B + A·¬B. Les deux produits contiennent A. En mettant A en facteur, on obtient F=A(B+¬B). La complémentarité donne B+¬B=1, puis l’élément neutre du produit donne A·1=A.

Étape

Transformation

Loi utilisée

1

F=A·B+A·¬Bexpression initiale

2

F=A(B+¬B)mise en facteur

3

F=A·1complémentarité

4

F=Aélément neutre

 

La distributivité duale permet également de factoriser une expression en produit de sommes : (A+B)(A+C)=A+B·C. Cette identité est très utile lorsque l’on recherche une forme POS.

(A + B)·(A + C) = A + B·C

6.1.4. Élimination d’une variable complémentée

Lorsqu’une expression contient deux termes identiques à l’exception d’une variable présente une fois sous forme directe et une fois sous forme complémentée, cette variable peut disparaître.

X·Y + X·¬Y = X

Cette règle signifie que, si X=1, la sortie vaut 1 quelle que soit la valeur de Y. Les deux termes couvrent ensemble les deux possibilités Y=0 et Y=1.

Expression

Factorisation

Réduction

A·B + A·¬B

A(B+¬B)A

¬A·B·C + ¬A·B·¬C

¬A·B(C+¬C)¬A·B

(A+B)(A+¬B)

A+B·¬BA

 

6.1.5. Élimination des termes redondants

Un terme est redondant lorsqu’il n’ajoute aucune combinaison d’entrées à celles déjà couvertes par un terme plus général. Dans A+A·B, le terme A couvre tous les cas où A=1, y compris ceux où A=1 et B=1. Le produit A·B n’apporte donc aucune information supplémentaire.

A + A·B = A

A·(A + B) = A

La première identité est l’absorption en forme somme de produits. La seconde est son dual en forme produit de sommes.

Interprétation par ensembles

Un terme possédant moins de littéraux couvre davantage de combinaisons. Ainsi, A couvre A·B et A·¬B. Dès que A est déjà présent dans une somme, tout produit contenant A peut être absorbé.

 

6.1.6. Théorème d’absorption et variantes

Identité

Transformation possible

Commentaire

A+A·B=A

A(1+B)=Aabsorption directe

A(A+B)=A

A·A+A·B=A+A·B=Aabsorption duale

A+¬A·B=A+B

(A+¬A)(A+B)=A+Bréduction

A(¬A+B)=A·B

A·¬A+A·B=A·Bréduction duale

 

La variante A+¬A·B=A+B est particulièrement utile. Elle permet de supprimer le complément ¬A dans le produit sans développer toute la table de vérité.

6.1.7. Théorème du consensus

Le théorème du consensus identifie un terme redondant construit à partir des parties communes de deux autres termes. Dans l’expression A·B + ¬A·C + B·C, le terme B·C est le consensus des deux premiers termes et peut être supprimé.

A·B + ¬A·C + B·C = A·B + ¬A·C

Lorsque A=1, le terme A·B couvre les situations où B=1. Lorsque A=0, le terme ¬A·C couvre celles où C=1. Si B=C=1, l’un des deux premiers termes vaut donc nécessairement 1, quelle que soit la valeur de A. Le terme B·C n’est jamais indispensable à la valeur logique de la fonction.

Valeur de A

Terme actif lorsque B=C=1

Conséquence

A=1

A·B=1B·C n’est pas nécessaire

A=0

¬A·C=1B·C n’est pas nécessaire

 

Remarque physique importante

Un terme de consensus peut être algébriquement redondant mais volontairement conservé pour supprimer un aléa statique provoqué par les retards de propagation. La minimisation logique et la sûreté temporelle ne sont donc pas toujours exactement le même objectif.

 

6.1.8. Exemple complet n° 1

Simplifier F = A·B + A·¬B + ¬A·B.

Étape

Expression

Justification

1

F=A·B+A·¬B+¬A·Bexpression initiale

2

F=A(B+¬B)+¬A·Bfactorisation des deux premiers termes

3

F=A+¬A·Bcomplémentarité puis élément neutre

4

F=A+Bidentité A+¬A·B=A+B

 

La fonction initiale nécessite plusieurs produits et deux compléments. La forme réduite F=A+B se réalise avec une seule porte OU à deux entrées.

6.1.9. Exemple complet n° 2

Simplifier G = (A+B)·(A+¬B).

Étape

Expression

Justification

1

G=(A+B)(A+¬B)expression initiale

2

G=A+B·¬Bidentité (A+X)(A+Y)=A+X·Y

3

G=A+0complémentarité

4

G=Aélément neutre de la somme

 

6.1.10. Exemple complet n° 3 — consensus

Simplifier H = A·B + ¬A·C + B·C.

Étape

Expression

Justification

1

H=A·B+¬A·C+B·Cexpression initiale

2

H=A·B+¬A·Cthéorème du consensus

 

La forme obtenue contient deux produits de deux littéraux. Une vérification par table de vérité confirme que le terme B·C ne modifie aucune sortie.

6.1.11. Stratégie pratique de simplification algébrique

1. Supprimer les doubles négations et appliquer De Morgan lorsque des compléments portent sur des expressions composées.

2. Réordonner les termes grâce à la commutativité afin de rapprocher les facteurs communs.

3. Chercher une mise en facteur ou deux termes ne différant que par une variable complémentée.

4. Appliquer les lois d’absorption et les identités A+¬A·B=A+B.

5. Rechercher un éventuel terme de consensus.

6. Répéter jusqu’à ce qu’aucune transformation utile n’apparaisse.

7. Vérifier l’équivalence par table de vérité, carte de Karnaugh ou simulation.

Limite de la méthode algébrique

La simplification algébrique dépend de l’habileté à reconnaître les identités. Pour une expression complexe, elle peut conduire à plusieurs chemins de calcul sans garantir immédiatement que le résultat est minimal. Le tableau de Karnaugh rend cette recherche plus systématique pour un petit nombre de variables.

 

6.2. Tableaux de Karnaugh

6.2.1. Définition et objectif

Un tableau de Karnaugh, ou carte de Karnaugh, est une réorganisation géométrique de la table de vérité. Chaque case représente un minterme, donc une combinaison unique des variables d’entrée. Les cases sont disposées de sorte que deux cases adjacentes ne diffèrent que par la valeur d’une seule variable.

Cette propriété permet d’éliminer visuellement la variable qui change. Lorsque deux mintermes adjacents sont regroupés, la variable différente disparaît. Un groupe de quatre cases élimine deux variables, un groupe de huit cases en élimine trois, et ainsi de suite.

Groupe de 2ᵏ cases  ⇒ élimination de k variables

6.2.2. Principe de l’adjacence

Deux cases sont adjacentes lorsqu’elles partagent un côté. Les diagonales ne sont jamais adjacentes. Les bords opposés de la carte sont également voisins : la première et la dernière colonne se touchent, de même que la première et la dernière ligne. Les quatre coins d’une carte à quatre variables forment donc un groupe valide de quatre cases.

Figure 2 — Ordre Gray et adjacence par les bords dans une carte à quatre variables.

6.2.3. Organisation des cases en code Gray

L’ordre binaire naturel 00, 01, 10, 11 ne convient pas, car le passage de 01 à 10 modifie deux bits. Le code Gray place les combinaisons dans l’ordre 00, 01, 11, 10. Entre deux étiquettes successives, un seul bit change.

Position

Code Gray

Variable modifiée par rapport à la position précédente

1

00

2

01bit de droite

3

11bit de gauche

4

10bit de droite

retour à 1

00bit de gauche

 

Erreur fréquente

Numéroter les colonnes 00, 01, 10, 11 détruit l’adjacence entre les colonnes centrales. L’ordre 00, 01, 11, 10 doit être vérifié avant tout remplissage.

 

6.2.4. Règles générales de groupement

  • un groupe contient uniquement des 1 pour obtenir une SOP, ou uniquement des 0 pour obtenir une POS ;
  • la taille d’un groupe est une puissance de deux : 1, 2, 4, 8 ou 16 cases ;
  • la forme du groupe est rectangulaire ;
  • les groupes doivent être aussi grands que possible afin d’éliminer le maximum de variables ;
  • tous les 1, ou tous les 0 selon la forme recherchée, doivent être couverts au moins une fois ;
  • le recouvrement est autorisé lorsqu’il permet d’obtenir des groupes plus grands ou de couvrir une case isolée ;
  • les bords opposés sont adjacents ;
  • un groupe ne contient jamais une case ayant la valeur opposée ;
  • les cas X peuvent être inclus seulement lorsqu’ils améliorent la simplification.

Figure 3 — Groupement de grande taille, adjacence par les bords et recouvrement autorisé.

6.2.5. Tableau de Karnaugh à deux variables

Une fonction de deux variables possède quatre mintermes. La carte peut être organisée sous la forme de deux lignes et deux colonnes. Chaque case possède deux voisins par les côtés, en tenant compte du repliement des bords.

Exemple : F(A,B)=Σm(1,2,3)

 

B=0

B=1

A=0

0

1

A=1

1

1

 

Les cases m₂ et m₃ forment un groupe correspondant à A. Les cases m₁ et m₃ forment un groupe correspondant à B. La case m₃ est utilisée dans les deux groupes, ce qui est autorisé.

F = A + B

Groupe

Cases couvertes

Variable constante

Terme obtenu

G₁

m₂, m₃A=1A

G₂

m₁, m₃B=1B

 

6.2.6. Tableau de Karnaugh à trois variables

Une fonction de trois variables possède huit cases. Une variable est placée sur les lignes et deux variables sur les colonnes en ordre Gray. Une autre disposition est possible, à condition de respecter l’adjacence.

Exemple : F(A,B,C)=Σm(1,3,6,7)

 

BC=00

BC=01

BC=11

BC=10

A=0

0

1

1

0

A=1

0

0

1

1

 

Le groupe vertical de la colonne BC=11 contient m₃ et m₇ : B=1 et C=1 y restent constants, d’où le terme B·C. Le groupe horizontal de la ligne A=1 couvrant BC=11 et BC=10 contient m₇ et m₆ : A=1 et B=1 restent constants, d’où A·B.

F = B·C + A·B = B(C + A)

Lecture d’un groupe

Dans un groupe, conserver uniquement les variables dont la valeur reste identique dans toutes les cases. Une variable qui prend successivement 0 et 1 est éliminée.

 

6.2.7. Tableau de Karnaugh à quatre variables

Une fonction de quatre variables possède seize cases. Deux variables sont affectées aux lignes et deux aux colonnes. Les deux axes suivent l’ordre Gray 00, 01, 11, 10. La carte à quatre variables permet des groupes de 1, 2, 4, 8 ou 16 cases.

Exemple : F(A,B,C,D)=Σm(0,2,5,7,8,10,13,15)

 

CD=00

CD=01

CD=11

CD=10

AB=00

1

0

0

1

AB=01

0

1

1

0

AB=11

0

1

1

0

AB=10

1

0

0

1

 

Les quatre coins forment un groupe : B=0 et D=0 y restent constants, d’où ¬B·¬D. Les quatre cases centrales correspondant aux lignes B=1 et aux colonnes D=1 forment un second groupe, d’où B·D. Les variables A et C disparaissent entièrement.

F = ¬B·¬D + B·D = B XNOR D

6.2.8. Groupements de 1 — forme somme de produits

Pour obtenir une forme SOP, on regroupe les cases contenant 1. Chaque groupe produit un terme ET. Les termes obtenus sont ensuite réunis par une opération OU.

1. Placer les 1 dans la carte à partir de la table de vérité ou de la liste des mintermes.

2. Commencer par les 1 qui ne peuvent appartenir qu’à un seul grand groupe.

3. Former les groupes les plus grands possibles.

4. Pour chaque groupe, conserver les variables constantes : valeur 1 sous forme directe, valeur 0 sous forme complémentée.

5. Additionner logiquement tous les termes produits.

6. Vérifier que chaque 1 est couvert.

Valeur constante dans un groupe de 1

Écriture dans le produit

A=1

A

A=0

¬A

A varie entre 0 et 1

A est éliminée

 

6.2.9. Groupements de 0 — forme produit de sommes

Pour obtenir une forme POS, on regroupe les cases contenant 0. Chaque groupe produit un terme somme qui doit valoir 0 sur toutes les cases du groupe. Les termes sommes sont ensuite multipliés.

Valeur constante dans un groupe de 0

Écriture dans la somme

Pourquoi ?

A=0

AA vaut 0 dans le groupe

A=1

¬A¬A vaut 0 dans le groupe

A varie entre 0 et 1

A est éliminéeelle ne peut être constante

 

La règle de polarité est donc inversée par rapport aux groupements de 1. Pour un groupe de 1, une variable constante à 1 apparaît directe. Pour un groupe de 0, une variable constante à 1 apparaît complémentée.

Figure 4 — Passage des groupements de 1 à la SOP et des groupements de 0 à la POS.

6.2.10. Groupements avec recouvrement

Une case peut appartenir à plusieurs groupes. Le recouvrement est utile lorsqu’une case sert de pont entre deux régions ou lorsqu’il permet de créer deux groupes de grande taille au lieu de plusieurs petits groupes. Il ne modifie pas la fonction, car A+A=A.

Le recouvrement n’est cependant pas un objectif en soi. Ajouter un groupe qui ne couvre aucun minterme nouveau et qui n’est pas nécessaire à une solution minimale augmente inutilement le nombre de termes.

Critère pratique

Un recouvrement est pertinent lorsqu’il permet de diminuer le nombre de littéraux ou lorsqu’il est indispensable pour couvrir une case qui ne peut pas être incluse dans un autre groupe maximal.

 

6.2.11. Cas indifférents — don’t care

Dans certains systèmes, certaines combinaisons d’entrées ne se produisent jamais ou leur sortie n’a aucune importance. Elles sont notées X, d ou φ. Pendant la simplification, chaque X peut être choisi comme 0 ou comme 1, indépendamment des autres, afin d’agrandir un groupe.

Figure 5 — Utilisation sélective des cas indifférents pour agrandir les groupements.

  • en recherche SOP, un X peut être utilisé comme un 1 ;
  • en recherche POS, un X peut être utilisé comme un 0 ;
  • un X peut être ignoré s’il n’améliore aucun groupe ;
  • il est interdit de modifier une case imposée à 0 ou à 1 ;
  • la fonction simplifiée n’est contrainte que sur les combinaisons réellement spécifiées.

Exemple : pour F=Σm(1,3,7,11,15)+d(0,2,5), l’utilisation des cas 0 et 2 permet de former un groupe de quatre donnant ¬A·¬B. Un second groupe donne C·D. Une forme possible est donc F=¬A·¬B+C·D.

6.2.12. Erreurs fréquentes dans les cartes de Karnaugh

Erreur

Pourquoi elle est incorrecte

Correction

utiliser l’ordre 00,01,10,11

deux bits changent entre 01 et 10utiliser 00,01,11,10

former un groupe de 3 ou 6 cases

la taille n’est pas une puissance de deuxdécomposer en groupes de 1,2,4,8…

regrouper en diagonale

les cases ne partagent pas un côtéutiliser uniquement les adjacences horizontales ou verticales

oublier les bords opposés

des groupes plus grands sont manquéstester systématiquement le repliement

inclure un 0 dans un groupe de 1

le groupe ne représente plus un implicantséparer ou utiliser uniquement un X

faire uniquement des groupes disjoints

une solution plus courte peut être perdueautoriser le recouvrement utile

conserver une variable qui change

le terme n’est pas simplifiéne garder que les variables constantes

utiliser tous les X obligatoirement

des termes inutiles sont ajoutésn’utiliser que les X avantageux

 

6.3. Obtention d’une expression simplifiée

6.3.1. Forme somme de produits — SOP

Une forme SOP est obtenue en couvrant tous les 1 de la carte. Chaque groupe correspond à un implicant, c’est-à-dire un produit qui garantit F=1 pour toutes les cases qu’il couvre. La somme logique de ces produits reconstitue la fonction.

1. Identifier les groupes maximaux de 1, en incluant éventuellement des X.

2. Écrire le produit associé à chaque groupe en conservant uniquement les variables constantes.

3. Repérer les groupes indispensables à la couverture de certains 1.

4. Ajouter le minimum de groupes supplémentaires pour couvrir les 1 restants.

5. Écrire la somme des produits et vérifier la couverture.

F = P₁ + P₂ + … + Pₙ

6.3.2. Forme produit de sommes — POS

Une forme POS est obtenue en couvrant tous les 0. Chaque groupe de 0 produit un terme somme qui vaut 0 dans toute la zone couverte. Le produit logique de ces sommes vaut 0 exactement sur les cases spécifiées.

1. Identifier les groupes maximaux de 0, avec les éventuels X.

2. Écrire la somme associée à chaque groupe en inversant la règle de polarité.

3. Sélectionner les groupes essentiels.

4. Compléter la couverture avec le minimum de groupes.

5. Multiplier les termes sommes et vérifier la fonction.

F = S₁ · S₂ · … · Sₙ

6.3.3. Implicant, implicant premier et implicant essentiel

Notion

Définition

Interprétation sur la carte

implicant

produit qui couvre uniquement des 1 de la fonctiontout groupe valide de 1

implicant premier

implicant qui ne peut pas être agrandi sans inclure un 0groupe maximal

implicant premier essentiel

implicant premier couvrant au moins un 1 couvert par aucun autre implicant premiergroupe obligatoire

maxterme implicatif

somme associée à un groupe de 0groupe valide de 0 pour une POS

 

Les implicants premiers essentiels doivent toujours figurer dans la solution. Après leur sélection, les mintermes déjà couverts sont rayés. Il reste ensuite à choisir une combinaison minimale parmi les implicants premiers non essentiels.

6.3.4. Recherche des implicants premiers

1. Repérer d’abord les groupes de 8 ou de 16 cases, puis les groupes de 4, de 2 et enfin les cases isolées.

2. Écarter tout groupe entièrement contenu dans un groupe plus grand : il n’est pas premier.

3. Lister les mintermes couverts par chaque groupe maximal.

4. Identifier les mintermes qui n’apparaissent que dans une seule ligne de la liste.

5. Déclarer essentiels les groupes correspondants.

Priorité de recherche

La taille d’un groupe réduit le nombre de littéraux : sur une fonction à quatre variables, un groupe de 8 donne un terme à un littéral, un groupe de 4 un terme à deux littéraux, un groupe de 2 un terme à trois littéraux et une case isolée un terme à quatre littéraux.

 

6.3.5. Tableau de couverture des implicants

Lorsque plusieurs couvertures sont possibles, un tableau de couverture aide à sélectionner les implicants. Les colonnes représentent les mintermes à couvrir et les lignes les implicants premiers. Une marque indique qu’un implicant couvre le minterme.

Implicant

m₁

m₃

m₅

m₇

m₉

P₁××   
P₂ ××× 
P₃   ××
P₄× × ×

 

Dans cet exemple fictif, un minterme apparaissant dans une seule colonne marquée rend l’implicant correspondant essentiel. Lorsque plusieurs choix restent possibles, on privilégie la couverture utilisant le moins d’implicants, puis le moins de littéraux.

6.3.6. Choix d’une solution minimale

Le mot minimal peut désigner plusieurs critères. Une expression ayant le moins de termes n’a pas nécessairement le moins de littéraux, et une expression ayant le moins de littéraux n’utilise pas toujours le moins de boîtiers intégrés dans une technologie donnée.

Critère

Question à poser

Conséquence

nombre de termes

combien de produits ou de sommes ?nombre de portes du premier niveau

nombre de littéraux

combien d’occurrences de variables ?nombre total d’entrées logiques

nombre de niveaux

combien de portes en cascade ?temps de propagation

fan-in

combien d’entrées par porte ?compatibilité avec les circuits disponibles

nombre d’inverseurs

quels compléments doivent être générés ?coût et délai supplémentaires

type de portes

NAND, NOR ou portes mixtes ?uniformité et simplicité de réalisation

 

Convention pédagogique

Dans les exercices de Karnaugh, une solution est généralement dite minimale lorsqu’elle utilise d’abord le minimum de termes, puis le minimum total de littéraux, sauf indication technologique différente.

 

6.3.7. Solutions minimales multiples

Une carte peut posséder plusieurs couvertures ayant le même nombre de groupes et de littéraux. Ces solutions sont logiquement équivalentes et toutes minimales selon le critère choisi. Il faut alors comparer leur réalisation physique.

  • choisir la solution qui réutilise des compléments déjà disponibles ;
  • éviter une porte ayant trop d’entrées si le composant n’est pas disponible ;
  • favoriser une structure NAND–NAND ou NOR–NOR homogène ;
  • réduire le nombre de niveaux entre une entrée critique et la sortie ;
  • tenir compte des risques d’aléas et des contraintes de synchronisation.

6.3.8. Exemple complet — SOP et POS

Considérons F(A,B,C,D)=Σm(0,2,5,7,8,10,13,15). La carte fait apparaître deux groupes de quatre. Les quatre coins donnent ¬B·¬D et les quatre cases où B=D=1 donnent B·D.

SOP minimale : F = ¬B·¬D + B·D

En regroupant les 0, on obtient deux groupes correspondant aux sommes (B+¬D) et (¬B+D).

POS minimale : F = (B + ¬D)·(¬B + D)

Les deux formes représentent l’équivalence logique B XNOR D. Le choix entre SOP et POS dépend des portes disponibles. Une structure NAND–NAND favorise la SOP, tandis qu’une structure NOR–NOR favorise la POS.

6.3.9. Exemple avec cas indifférents

Pour F=Σm(1,3,7,11,15)+d(0,2,5), les cas indifférents 0 et 2 peuvent compléter un groupe de quatre couvrant 0,1,2,3. Ce groupe donne ¬A·¬B. Un autre groupe de quatre couvrant 3,7,11,15 donne C·D.

F = ¬A·¬B + C·D

Sans utiliser les X, les mintermes 1 et 3 formeraient un groupe de deux donnant ¬A·¬B·D, plus coûteux. Les cas indifférents réduisent donc le nombre de littéraux tout en respectant les combinaisons imposées.

6.3.10. Vérification de l’expression obtenue

Méthode

Principe

Avantage

Limite

table de vérité

calculer les deux expressions pour toutes les entréespreuve exhaustivelongue lorsque n augmente

Karnaugh

comparer les zones couvertesvisuelle et rapidesurtout adaptée à 2–4 variables

algèbre de Boole

transformer une expression vers l’autrepreuve symboliquedépend de la maîtrise des identités

simulation

appliquer automatiquement les vecteurs d’entréeproche de la réalisationnécessite un modèle correct

 

Bon réflexe

Après une simplification manuelle, vérifier au minimum les combinaisons limites : toutes les entrées à 0, toutes à 1, puis les lignes correspondant aux termes supprimés ou fusionnés.

 

6.4. Intérêt de la simplification

6.4.1. Réduction du nombre de portes

Chaque terme produit d’une SOP exige généralement une porte ET, chaque complément une porte NON et la réunion des termes une porte OU. La diminution du nombre de termes et de littéraux réduit donc directement le nombre de composants et de connexions.

Figure 6 — Comparaison qualitative entre une expression initiale et sa forme simplifiée.

Indicateur

Circuit initial

Circuit simplifié

expression

A·B+A·¬B+¬A·BA+B

termes produits

30

littéraux

62

inverseurs

20

portes principales

3 ET + 1 OU1 OU

niveaux logiques typiques

jusqu’à 31

 

6.4.2. Réduction du coût

Un circuit utilisant moins de portes nécessite moins de boîtiers, moins de surface sur un circuit intégré et moins de pistes de connexion. Dans un prototype à composants discrets, cela réduit le coût d’achat et le temps de câblage. Dans un FPGA ou un ASIC, cela peut réduire le nombre de ressources logiques et la surface de silicium.

Le coût réel dépend toutefois du conditionnement. Remplacer deux portes à deux entrées par une porte à quatre entrées n’est intéressant que si cette porte existe dans la famille logique choisie ou si le boîtier est déjà présent.

6.4.3. Réduction de la consommation

Chaque commutation charge et décharge des capacités internes et externes. Moins de portes et moins de nœuds commutés signifient généralement une consommation dynamique plus faible. La réduction du nombre d’entrées et des connexions diminue également les capacités parasites.

Nuance technologique

La consommation ne dépend pas seulement du nombre de portes. Elle dépend aussi de la fréquence, de la tension d’alimentation, des capacités, de l’activité de commutation et de la famille logique. La simplification constitue néanmoins un levier important.

 

6.4.4. Réduction du temps de propagation

Le signal de sortie d’une porte apparaît après un retard de propagation. Dans une cascade, les retards s’additionnent approximativement le long du chemin critique. Réduire le nombre de niveaux logiques permet donc d’augmenter la fréquence maximale de fonctionnement.

tₚ,total ≈ tₚ,1 + tₚ,2 + … + tₚ,n sur le chemin critique

Une expression plus courte n’implique pas automatiquement une profondeur plus faible. Il faut examiner la structure du circuit, la décomposition des portes ayant un grand nombre d’entrées et l’éventuel équilibrage des chemins.

6.4.5. Amélioration de la fiabilité

Un nombre réduit de composants et de connexions diminue le nombre de points susceptibles de tomber en panne, de provoquer un faux contact ou de capter du bruit. Le diagnostic et la maintenance deviennent également plus simples.

  • moins de fils et de soudures ;
  • moins de composants soumis au vieillissement ;
  • schéma plus lisible et plus facile à tester ;
  • réduction des erreurs de câblage ;
  • documentation et validation plus simples.

6.4.6. Limites d’une minimisation purement logique

La solution la plus courte sur le papier n’est pas toujours la meilleure solution industrielle. Une redondance peut être utile pour éliminer un aléa, faciliter le test, respecter une architecture modulaire ou réutiliser des signaux déjà disponibles.

Situation

Pourquoi la forme minimale peut être insuffisante

Décision possible

aléa statique

des chemins de délais différents provoquent une impulsion parasiteconserver un terme de consensus

porte indisponible

le fan-in requis dépasse celui des composantsdécomposer en plusieurs niveaux

signal déjà calculé

une sous-expression intermédiaire existe ailleursréutiliser plutôt que minimiser localement

testabilité

un circuit trop compact est difficile à observerajouter des points de test

modularité

la séparation fonctionnelle facilite la maintenanceconserver des blocs explicites

 

6.5. Travaux dirigés

Les travaux dirigés suivants suivent une progression : simplification algébrique, cartes à deux et trois variables, cartes à quatre variables, réalisation NAND et comparaison technologique. Pour chaque question, la justification des groupements ou des lois utilisées est obligatoire.

TD 1 — Simplification algébrique

Simplifier les expressions suivantes et indiquer la loi utilisée à chaque étape :

  • F₁=A·B+A·¬B ;
  • F₂=A+A·B+A·B·C ;
  • F₃=A·B+¬A·B ;
  • F₄=(A+B)(A+¬B) ;
  • F₅=A+¬A·B ;
  • F₆=A·B+¬A·C+B·C ;
  • F₇=(A+B+C)(A+B+¬C) ;
  • F₈=A·¬B·C+A·B·C+¬A·B·C.

TD 2 — Fonctions à deux variables

Pour chaque fonction, construire la carte, former les groupements et donner la SOP minimale puis, lorsque cela est pertinent, la POS minimale :

Fonction

Définition

F₁

Σm(1,2,3)

F₂

Σm(0,1)

F₃

Σm(0,3)

F₄

ΠM(1,2)

 

TD 3 — Fonctions à trois variables

Simplifier à l’aide d’une carte de Karnaugh :

Fonction

Mintermes

Travail demandé

F₁(A,B,C)

Σm(1,3,6,7)SOP minimale

F₂(A,B,C)

Σm(0,2,4,6)identifier une variable indépendante

F₃(A,B,C)

Σm(0,1,2,3,7)utiliser un recouvrement si utile

F₄(A,B,C)

ΠM(1,3,5,7)POS minimale

F₅(A,B,C)

Σm(1,3,5)+d(7)exploiter le don’t care

 

TD 4 — Fonctions à quatre variables

Pour chaque fonction, remplir la carte 4×4, déterminer les implicants premiers, identifier les implicants essentiels et proposer une expression minimale :

Fonction

Spécification

F₁

Σm(0,2,5,7,8,10,13,15)

F₂

Σm(1,3,4,5,7,9,11,12,13,15)

F₃

Σm(0,1,2,5,6,7)+d(3,4)

F₄

ΠM(0,2,8,10)

 

TD 5 — Réalisation avec des portes NAND

Une structure NAND–NAND réalise naturellement une somme de produits. Pour une fonction F=P₁+P₂+…+Pₙ, chaque produit est d’abord inversé par une porte NAND. Une dernière NAND applique De Morgan et restitue la somme.

F = P₁ + P₂ = ¬(¬P₁ · ¬P₂)

1. Simplifier F(A,B,C)=Σm(1,2,3,5,7) sous forme SOP.

2. Tracer la réalisation avec des portes ET, OU et NON.

3. Transformer cette réalisation en structure NAND–NAND.

4. Réaliser les compléments nécessaires avec une NAND dont les entrées sont reliées ensemble.

5. Comparer le nombre de boîtiers si seules des NAND à deux entrées sont disponibles.

Rappel

Une porte NAND utilisée comme inverseur reçoit le même signal sur toutes ses entrées : NAND(A,A)=¬A.

 

TD 6 — Comparaison d’un circuit initial et d’un circuit simplifié

On considère F=A·B+A·¬B+¬A·B.

1. Dessiner le circuit correspondant directement à l’expression initiale.

2. Simplifier l’expression par l’algèbre de Boole.

3. Dessiner le circuit simplifié.

4. Compter les inverseurs, portes ET, portes OU, connexions d’entrée et niveaux logiques.

5. En supposant un retard de 8 ns par inverseur, 12 ns par porte ET et 15 ns par porte OU, estimer le retard maximal des deux réalisations.

6. Discuter le coût, la consommation et la fiabilité.

6.6. Activité pratique de simulation

Objectif

Valider expérimentalement l’équivalence entre une fonction initiale et sa forme simplifiée, puis observer l’effet du nombre de niveaux logiques sur le retard de propagation à l’aide de Logisim Evolution, Proteus, Multisim ou d’un logiciel équivalent.

Matériel et ressources

  • ordinateur équipé d’un simulateur logique ;
  • portes NON, ET, OU et NAND ;
  • interrupteurs logiques pour les entrées ;
  • LED ou sondes pour les sorties ;
  • générateur d’impulsions pour l’étude temporelle.

Manipulation proposée

1. Réaliser le circuit initial F=A·B+A·¬B+¬A·B.

2. Réaliser en parallèle le circuit simplifié F=A+B.

3. Relier les mêmes interrupteurs A et B aux deux circuits.

4. Ajouter une porte XOR entre leurs sorties : sa sortie doit rester à 0 pour toutes les combinaisons.

5. Compléter un tableau de vérité expérimental.

6. Attribuer des retards aux portes et appliquer des transitions proches dans le temps.

7. Observer les éventuelles impulsions transitoires du circuit initial.

8. Réaliser ensuite F=A·B+¬A·C avec et sans le terme de consensus B·C et comparer les aléas.

Compte rendu attendu

Élément

Contenu attendu

schémas

captures lisibles des circuits initial, simplifié et comparateur XOR

table de vérité

toutes les combinaisons d’entrées et les deux sorties

mesures

nombre de portes, niveaux et délais observés

analyse

explication de l’équivalence et des éventuels aléas

conclusion

avantages et limites de la simplification

 

6.7. Synthèse du chapitre

Notion

Idée essentielle

simplification algébrique

appliquer les lois de Boole en justifiant chaque transformation

mise en facteur

extraire les facteurs communs pour faire disparaître une variable

absorption

supprimer un terme couvert par un terme plus général

consensus

identifier un terme algébriquement redondant

ordre Gray

placer 00,01,11,10 afin que deux cases voisines diffèrent d’un seul bit

adjacence

inclure les bords opposés, mais jamais les diagonales

groupements

utiliser des rectangles de 1,2,4,8 ou 16 cases, aussi grands que possible

SOP

grouper les 1 et additionner les produits obtenus

POS

grouper les 0 et multiplier les sommes obtenues

don’t care

utiliser un X uniquement lorsqu’il améliore la réduction

implicant premier essentiel

groupe maximal couvrant un 1 qui n’est couvert par aucun autre groupe maximal

validation

confirmer l’équivalence par table, carte, algèbre ou simulation

 

À retenir

Une bonne simplification combine trois exigences : équivalence logique, minimalité selon un critère clairement défini et compatibilité avec la technologie de réalisation.

 

6.8. Glossaire

Terme

Définition

adjacence

relation entre deux cases de Karnaugh ne différant que par une variable

cas indifférent

combinaison dont la sortie n’est pas imposée et peut être choisie pour simplifier

chemin critique

chemin logique dont le retard cumulé est le plus élevé

couverture

ensemble de groupes couvrant toutes les cases imposées à 1 ou à 0

fan-in

nombre d’entrées acceptées par une porte logique

forme minimale

expression optimisée selon le nombre de termes, de littéraux ou une contrainte technologique

implicant

produit couvrant uniquement des mintermes où la fonction vaut 1

implicant premier

implicant maximal qui ne peut pas être agrandi

implicant essentiel

implicant premier indispensable à la couverture

littéral

variable sous forme directe ou complémentée

recouvrement

utilisation d’une même case dans plusieurs groupes

SOP

forme somme de produits

POS

forme produit de sommes

terme redondant

terme dont la suppression ne modifie pas la fonction

 

6.9. Exercices d’entraînement

Exercice 1 — Application directe des lois

Simplifier : a) A+0 ; b) A·1 ; c) A+A·B ; d) A·(A+B) ; e) A+¬A·B ; f) A·¬A+A·B.

Exercice 2 — Factorisation

Simplifier F=A·B·C+A·B·¬C+A·¬B·C. Indiquer le nombre de littéraux avant et après simplification.

Exercice 3 — Consensus

Montrer que F=A·B+¬A·C+B·C est équivalente à A·B+¬A·C. Vérifier le résultat pour A=0 et A=1.

Exercice 4 — Karnaugh à deux variables

Construire la carte de F(A,B)=Σm(0,1,3), former les groupes et donner la SOP minimale.

Exercice 5 — Karnaugh à trois variables

Simplifier F(A,B,C)=Σm(0,2,4,6). Quelle variable n’influence pas la sortie ?

Exercice 6 — Recouvrement

Simplifier F(A,B,C)=Σm(0,1,2,3,7). Montrer pourquoi la case m₃ peut appartenir à deux groupes.

Exercice 7 — Karnaugh à quatre variables

Simplifier F(A,B,C,D)=Σm(1,3,4,5,7,9,11,12,13,15). Donner une SOP minimale et une POS minimale.

Exercice 8 — Cas indifférents

Simplifier F(A,B,C,D)=Σm(1,3,7,11,15)+d(0,2,5). Comparer le résultat avec celui obtenu sans utiliser les X.

Exercice 9 — Réalisation NAND

Réaliser F=A·B+¬A·C uniquement avec des portes NAND à deux entrées. Préciser comment obtenir ¬A.

Exercice 10 — Comparaison technologique

Comparer les réalisations de F=A·B+A·¬B+¬A·B et de F=A+B selon les critères suivants : nombre de portes, littéraux, niveaux, délai, coût et fiabilité.


 

 

6.10. Auto-évaluation

Affirmation

Oui

À revoir

Je sais mettre une expression en facteur.

Je sais appliquer l’absorption et le consensus.

Je respecte l’ordre Gray dans une carte.

Je reconnais les adjacences par les bords.

Je forme uniquement des groupes de taille 2ᵏ.

Je sais écrire le produit associé à un groupe de 1.

Je sais écrire la somme associée à un groupe de 0.

Je sais utiliser un don’t care de manière sélective.

Je sais identifier un implicant essentiel.

Je sais transformer une SOP en structure NAND–NAND.

Je vérifie l’équivalence avant de conclure.

 


 

 

6.11. Corrigés des exercices

Corrigé de l’exercice 1

Question

Résultat

Loi

a

Aélément neutre de la somme

b

Aélément neutre du produit

c

Aabsorption A+A·B=A

d

Aabsorption duale

e

A+Bidentité A+¬A·B=A+B

f

A·Bcomplémentarité puis élément neutre

 

Corrigé de l’exercice 2

F=A·B(C+¬C)+A·¬B·C=A·B+A·¬B·C=A(B+¬B·C)=A(B+C).

L’expression initiale contient 9 littéraux. La forme développée simplifiée A·B+A·C en contient 4 ; la forme factorisée A(B+C) en contient 3 occurrences de variables dans l’écriture structurelle.

Corrigé de l’exercice 3

Si A=1, A·B=B et ¬A·C=0 : le terme B·C est absorbé par B. Si A=0, A·B=0 et ¬A·C=C : le terme B·C est absorbé par C. Il est donc redondant dans les deux cas.

A·B + ¬A·C + B·C = A·B + ¬A·C

Corrigé de l’exercice 4

Les mintermes m₀ et m₁ forment un groupe donnant ¬A. Les mintermes m₁ et m₃ forment un groupe donnant B. La SOP minimale est F=¬A+B.

Corrigé de l’exercice 5

Les mintermes 0,2,4,6 correspondent exactement à toutes les combinaisons où C=0. Les variables A et B parcourent toutes leurs valeurs et disparaissent.

F = ¬C

Corrigé de l’exercice 6

Le groupe m₀,m₁,m₂,m₃ couvre toute la ligne A=0 et donne ¬A. Le groupe m₃,m₇ couvre B=1 et C=1 et donne B·C. La case m₃ appartient aux deux groupes, ce qui est autorisé et nécessaire pour obtenir les groupes maximaux.

F = ¬A + B·C

Corrigé de l’exercice 7

La carte permet de former un groupe de huit correspondant à D=1, puis un groupe de quatre correspondant à B=1 et C=0. Une SOP minimale est F=D+B·¬C.

En groupant les 0, une POS minimale équivalente est F=(B+D)(¬C+D).

Corrigé de l’exercice 8

En utilisant les X 0 et 2, les cases 0,1,2,3 donnent ¬A·¬B. Les cases 3,7,11,15 donnent C·D. Une forme simplifiée est F=¬A·¬B+C·D. Sans les X, le groupe contenant 1 et 3 ne comporte que deux cases et produit le terme ¬A·¬B·D, qui possède un littéral supplémentaire.

Corrigé de l’exercice 9

Produire N₁=¬(A·B) avec une NAND. Produire ¬A=NAND(A,A), puis N₂=¬(¬A·C) avec une NAND. La sortie vaut F=NAND(N₁,N₂), car ¬(¬(A·B)·¬(¬A·C))=A·B+¬A·C.

Corrigé de l’exercice 10

La fonction initiale se simplifie en F=A+B. La réalisation directe nécessite deux inverseurs, trois portes ET et une porte OU, avec plusieurs niveaux et de nombreuses connexions. La réalisation simplifiée nécessite une seule porte OU. Elle est généralement moins coûteuse, moins énergivore, plus rapide et plus fiable. Une vérification temporelle reste nécessaire si le circuit initial ou la transition des entrées peut provoquer des aléas.

Conclusion générale

La simplification est une démarche complète : représenter correctement la fonction, appliquer une méthode rigoureuse, sélectionner une couverture minimale, traduire le résultat dans la technologie choisie et vérifier à la fois l’équivalence logique et le comportement temporel.